Roland-Garros : Les qualifications, le tournoi dans le tournoi

Chaque année, elles sont la préface du livre, le couloir de la gloire et la petite histoire dans la grande. Les qualifications de Roland-Garros ont la lourde charge de réveiller le stade et d’agiter les rêves des 128 joueurs sur la ligne départ. Jean Gachassin, le président de la Fédération française de tennis, ne s’y est pas trompé dans son édito du premier numéro du quotidien de ce Roland-Garros 2016. « C’est un tournoi dans le tournoi, à l’ombre des grands courts et avant le festin du tableau final », note ainsi le patron du tennis tricolore.

 

Laurent Lokoli a offert un premier tour renversant à son public. © Maxence Fabrion

 

A défaut de se disputer sur les courts principaux, les qualifications offrent davantage d’intimité entre le public et les joueurs. La dimension « plus humaine » de l’événement n’y est pas étrangère. Les crises d’hystérie des fans pour toucher leur idole ne sont pas légion, les spectateurs, dans leur grande majorité, sont venus à Roland pour l’amour du jeu. Et pour cause, le tennis « vrai », comme les connaisseurs se plaisent à le définir, celui de proximité avec les protagonistes sur le court, revêt un certain charme. La plupart du temps, de ces qualification dans le Grand Chelem parisien dépend la suite de la saison pour certains joueurs. D’un premier tour des qualifications à 3 000 euros à un premier tour dans le tableau final à 30 000 euros, l’enjeu est de taille. Toutefois, le grand tableau se mérite. Pour l’intégrer, l’équation est simple : 3 victoires = bonheur.


Un tremplin vers la gloire

 

Derrière la vitrine dorée du circuit ATP, beaucoup galèrent à boucler leur budget pour sillonner le globe et tenter de s’offrir une bouffée d’oxygène sur le plan mental et financier, voire de bénéficier d’une couverture médiatique inespérée. Souvenez-vous de l’épopée complètement folle du Polonais Jerzy Janowicz à Bercy en 2012. Issu des qualifications, le joueur, alors classé à la 69ème place mondiale, avait déjoué tous les pronostics en battant Marin Cilic et Andy Murray puis en atteignant la finale du tournoi parisien, où il fut finalement battu par David Ferrer.

Sur sa lancée, Jerzy Janowicz a marqué les esprits quelques mois plus tard en parvenant à rallier le dernier carré à Wimbledon. Plutôt que de regarder ses petites histoires passer à côté de la grande, le Polonais a décidé d’écrire la sienne avec un H majuscule. Elle avait simplement débuté contre Dmitry Tursunov au premier tour des qualifications à Bercy.

Dans ce contexte, les qualifications de Roland-Garros ne sont pas à prendre à la légère. Les spectateurs peuvent y observer la nouvelle garde du tennis, à l’image de Frances Tiafoe, comme les joueurs en fin de carrière, notamment Radek Stepanek qui a réussi à intégrer le tableau principal. Il sera d’ailleurs le doyen de l’édition 2016. Le jour de son entrée en lice contre Andy Murray, le Tchèque aura 37 ans, 5 mois et 26 jours.


De belles histoires bleues… et beaucoup de frustration

 

Cette année, 17 Français étaient en lice dans les qualifications sur l’ocre parisien. Si elles n’ont pas vraiment souri aux Français avec Kenny De Schepper pour seul qualifié dans le grand tableau, elle ont tout de même permis de vivre de belles émotions et de découvrir certains joueurs. C’est notamment le cas de Geoffrey Blancaneaux. A seulement 17 ans, le modeste 802ème mondial s’est payé le luxe de sauver deux balles de match au premier tour des qualifications pour sortir le Japonais Hiroki Moriya, classé à la 218ème place au classement ATP. La belle aventure s’est arrêtée dès le tour suivant pour le jeune Francilien mais il y a fort à parier qu’on le reverra très vite du côté de la porte d’Auteuil.

Lui est plutôt au crépuscule de sa carrière mais ça ne l’empêche pas de faire encore quelques étincelles avant de se retirer du circuit. Lui, c’est David Guez. A 33 ans, le Marseillais n’a pas fait le voyage pour rien jusqu’à Paris. Lundi, alors que les premières balles résonnaient dans le stade, il a tout simplement écarté Konstantin Kravchuk, la tête de série No. 1 des qualifications. Cependant, l’euphorie a été de courte durée pour le Français. Deux jours plus tard, l’Italien Andrea Arnaboldi, auteur du match le plus long de l’histoire des qualifications de Roland-Garros (4h26) l’an passé contre Pierre-Hugues Herbert, a éteint les espoirs et les rêves du trentenaire.

 

Comme 15 de ses compatriotes, Axel Michon n’est pas sorti des qualifications. © Maxence Fabrion

 

Le 17, volcan français

 

Pas de court No. 7, théâtre de tant de batailles épiques dans une atmosphère incomparable, à Roland-Garros cette année en raison des travaux préparatoires à la modernisation du stade… mais que les passionnés de la petite balle jaune se rassurent, le court No. 17 est toujours bel et bien là pour se transformer en véritable volcan pour transcender les Français. Situé tout au fond du site, il prend très souvent allures de stade de foot. Dès lundi dernier, il n’a pas dérogé à sa réputation.

A l’occasion de l’entrée en lice de Laurent Lokoli, le 17 a pris des airs de Furiani ! Il faut dire que le Corse est devenu le chouchou du public en 2014 en parvenant à s’extraire des qualifications du Grand Chelem parisien. Explosif, combatif et attachant, Laurent Lokoli adore se battre dans une ambiance électrique. Il y a deux ans, le jeune Tricolore était tombé les armes à la main, sur le 7 au premier tour, contre Steve Johnson en deux jours devant un public euphorique qui l’a porté tout au long de son parcours.

 

Les plus jeunes étaient derrière Laurent Lokoli sur le 17. © Maxence Fabrion

Les plus jeunes étaient derrière Laurent Lokoli sur le 17. © Maxence Fabrion

 

Laurent Lokoli, un frisson et puis s’en va

 

De retour à Paris cette année, Laurent Lokoli avait à cœur de rééditer une telle performance. Pourtant, les choses ont débuté de la pire des manières pour le Corse… Opposé à l’Allemand Julian Reister, Laurent Lokoli a encaissé un sévère 6/0 pour commencer son Roland. Cependant, le jeune Français n’a pas abdiqué et le public du 17 s’en est mêlé. Point après point dans le deuxième set, les spectateurs ont apporté un deuxième cœur et un troisième poumon au Corse. A deux doigts de l’élimination, le Tricolore a su convertir l’énergie environnante en force pour se transcender. Enfin revenu dans la partie après le gain de la deuxième manche, Laurent Lokoli n’a pu s’empêcher de chauffer le public en tendant l’oreille. Comme un seul homme, les spectateurs lui ont répondu en criant à s’en couper la respiration.

A mesure que la fin du match approchait, des petits gamins n’ont pas hésité à venir encourager leur champion au bord du court, en lui hurlant des messages de soutien entre chaque point. « T’es le meilleur ! Tu vas le faire ! », s’égosillaient-ils. Multipliant les poings serrés et les regards de tueur vers son clan, le 721ème joueur mondial a continué de se battre comme un lion pour finalement l’emporter. Revenu de nulle part, Laurent Lokoli était un miraculé. Deux jours plus tard, l’aventure s’est arrêtée, au terme d’un nouveau combat en trois sets. Même s’il n’a disputé que deux matches sur la terre battue parisienne, Laurent Lokoli a marqué les esprits une fois de plus. Roland-Garros aime se faire désirer. Trois matches, c’est à la fois si près et si loin.

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion