2009, 2015 et 2016 : Quand Roland-Garros se transforme en supplice pour Rafael Nadal

Tremblement de terre à Roland-Garros ce vendredi 27 mai, Rafael Nadal convoque une conférence de presse « surprise ». Contre toute attente, le Majorquin annonce son retrait du Grand Chelem parisien.

 

Rafael Nadal a été contraint de se retirer du tournoi. © Roland-Garros

 

Une terrible décision pour le nonuple vainqueur du tournoi, une nouvelle catastrophique pour Roland-Garros. Et pour cause, les forfaits de Roger Federer et de Gaël Monfils avant même le début de la quinzaine avaient déjà jeté un froid glacial sur la porte d’Auteuil. En perdant à son tour Rafael Nadal, Roland-Garros se sépare surtout de son meilleur atout. A la différence du Bâlois et du Parisien, loin d’être au meilleur de leur forme quelques jours avant le Grand Chelem parisien, l’Espagnol se positionnait depuis quelques semaines comme un candidat plus que crédible au titre sur la terre battue parisienne.

En s’imposant à Monte-Carlo, il avait signé un retour tonitruant sur l’ocre, sa surface de prédilection. Cela augurait un printemps radieux… Seulement voilà, la carrière du Majorquin a sans cesse été gangrénée par les blessures. Après le genou gauche, touché par le syndrome de Hoffa, une inflammation de la masse graisseuse située derrière le tendon rotulien, c’est cette fois le poignet gauche qui est venu obscurcir l’horizon de Rafael Nadal. Evidemment, il ne voulait pas abandonner, encore moins dans le tournoi qui lui a procuré les plus belles émotions de sa carrière… Mais les médecins ont été très clairs : s’il continue, il se casse le poignet. Guy Forget, qui pouvait difficilement rêver d’un pire scénario pour son premier Roland-Garros en tant que directeur du tournoi, ne s’y est pas trompé : « Il voulait continuer mais il risquait d’en prendre pour six mois. »

Pour la troisième fois de sa carrière, Rafael Nadal quitte donc Paris sans soulever la Coupe des Mousquetaires. Après 2009 et 2015, 2016 est une nouvelle « annus horribilis » pour le Majorquin sur l’ocre parisien. Depuis son premier Roland-Garros en 2005, Rafael Nadal a pris l’habitude de vivre des moments magiques dans « son jardin ». Toutefois, à chaque fois qu’il n’a pas terminé le tournoi dans la peau du vainqueur, Roland-Garros a pris l’allure d’un véritable enfer pour l’Espagnol. Retour sur les trois échecs douloureux du Majorquin sur la terre battue parisienne.


31 mai 2009 : Le séisme Robin Söderling

 

C’était un 31 mai… 31, comme le nombre de victoires consécutives de Rafael Nadal à Roland-Garros avant d’affronter Robin Söderling en huitièmes de finale sur la terre battue parisienne. Sur le papier, rien d’insurmontable pour celui qui n’a encore jamais connu la défaite Porte d’Auteuil. Et pourtant, l’impossible se produit en ce dimanche nuageux…

Dans la forme de sa vie, le Suédois distribue des claques aux quatre coins du court Philippe-Chatrier. En glanant la première manche, il commence à instaurer le doute dans la tête de Rafael Nadal. Bousculé dans tous les sens, l’Espagnol n’abdique pas et tente de garder la tête hors de l’eau. Au tie-break, le quadruple vainqueur du tournoi parvient à enlever le deuxième set. Le Majorquin retarde l’échéance pour mieux sombrer. La troisième manche tombe dans l’escarcelle de Robin Söderling. Rafael Nadal est alors au bord du gouffre, à seulement un set de la sortie. Porté par le public, le Suédois ne se relâche pas et embarque le natif de Manacor dans un nouveau jeu décisif dans le quatrième set. Robin Söderling ne tremble pas et survole le tie-break. Une dernière volée de Rafael Nadal atterrit dans le couloir. Le roi est mort ! Vive le roi ! L’onde de choc est immense. La terre (battue) parisienne tremble comme jamais.

Après la rencontre, Toni Nadal, fortement irrité par l’attitude du public qui a très largement soutenu le Suédois, lâchera ces mots : « Il n’y a qu’une catégorie de supporters pires que les Français, ce sont les Parisiens. » Malgré cet exploit retentissant, Robin Söderling ne remportera pas Roland-Garros le dimanche suivant. Il se hissera jusqu’en finale mais s’inclinera contre Roger Federer. Le Suisse remporte alors le seul tournoi du Grand Chelem qui manque à son palmarès. Par la même occasion, il égale le record de Pete Sampras avec 14 titres du Grand Chelem dans sa besace. Record qu’il battra quelques semaines plus tard à Wimbledon.

 

En 2009, Rafael Nadal a subi son premier revers sur l’ocre parisien. © Roland-Garros

 

3 juin 2015 : La claque Novak Djokovic

 

En ce 3 juin, Rafael Nadal souffle sa 29ème bougie. Comme d’habitude, le Majorquin fête son anniversaire à Roland-Garros. Mais de fête, il n’y en aura pas pour l’Espagnol. Opposé à Novak Djokovic en quarts de finale dans ce qui constitue le choc que tout le monde attend depuis le tirage au sort, Rafael Nadal se fait balayer dans son tournoi fétiche. Le combat violent entre les deux hommes n’a lieu que lors du premier set. Car après la baston fantastique, l’orage serbe s’abat sur le Majorquin. Au milieu de la deuxième manche, Novak Djokovic enclenche la vitesse supérieure. Une accélération mortelle dont ne se relèvera jamais Rafael Nadal. Impérial depuis plusieurs mois sur le circuit, le No. 1 mondial remporte neuf des dix derniers jeux du match.

La rencontre n’est pas loin de prendre un tournant dramatique, la foule redoutant de voir l’Espagnol subir un terrible 6/0 qu’il ne méritait pas. La bulle n’arrivera pas, Rafael Nadal parvenant à sauver un maigre jeu, mais le mal était fait. Sur une double-faute, il a tristement rendu les armes. Le Majorquin a vécu un anniversaire cauchemardesque. Malgré son exploit, Novak Djokovic vivra à son tour un cauchemar quelques jours plus tard. Dans le seul tournoi du Grand Chelem qui lui résiste encore, le Serbe s’inclinera en finale contre un Stan Wawrinka en état de grâce. Troisième défaite en autant de finales pour le No. 1 mondial. Rafael Nadal n’était qu’un obstacle, pas une garantie pour être sacré sur l’ocre parisien. Novak Djokovic l’a très durement appris à ses dépens.

 

Contre Novak Djokovic, le Majorquin n’a rien pu faire. © Roland-Garros

 

27 mai 2016 : La pire conférence de presse de sa carrière

 

Déjà amputé par les forfaits de Roger Federer et de Gaël Monfils, Roland-Garros s’apprête à subir un nouveau coup du sort. Peu après 16h30 ce vendredi 27 mai, Rafael Nadal convoque une conférence de presse. Stupeur et incompréhension chez les journalistes. Il faut dire que les deux premiers tours de l’Espagnol, rapidement expédiés, auguraient de belles choses pour lui dans ce tournoi. Tout laissait penser qu’il allait retrouver Novak Djokovic dans le dernier carré. Et contrairement à l’an passé, le Majorquin semblait avoir ses chances après une préparation encourageante.

Sa défaite contre le Serbe à Rome n’avait rien de ridicule. Bien au contraire. Le nonuple vainqueur de Roland-Garros avait fini par céder au terme d’un combat très intense. De quoi aborder le Grand Chelem parisien dans de bonnes dispositions… Mais une nouvelle fois, son physique l’a trahi. Devant une assemblée suspendue à ses lèvres, il a fini par lâcher ce que tout le monde redoutait : « Je vous annonce que je dois me retirer du tournoi à cause d’une blessure au poignet qui me gêne déjà depuis une quinzaine de jours. » La bombe est terrible, la « decima » attendra.

 

Rafael Nadal a déclaré forfait en raison d’une blessure au poignet. © Roland-Garros

 

La mort dans l’âme, Rafael Nadal est contraint de renoncer sur les terres où il a construit sa légende. « C’est probablement la pire conférence de presse de toute ma carrière », a-t-il concédé devant les journalistes. Difficile de le contredire, tant il a posé son empreinte sur ce tournoi. Vendredi 3 juin, date de ses retrouvailles programmées avec Novak Djokovic en demi-finales, il aurait pu fêter ses 30 ans sur le court. Finalement, il les célèbrera loin de Paris. Roland-Garros lui manquera mais l’inverse sera peut-être encore plus vrai, tant le tournoi est touché par une dépression aussi imprévisible que destructrice. Le dénouement de la quinzaine fera peut-être oublier cette première semaine apocalyptique. La finale sera peut-être sublime… Toujours est-il qu’un Roland-Garros sans Rafael Nadal, c’est différent. C’est le gâteau sans la cerise.

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion