Cincinnati : Roger Federer, la force de l’habitude dans l’Ohio

Auteur d’une semaine proche de la perfection, Roger Federer a logiquement remporté le Masters 1 000 de Cincinnati. Le Suisse en a profité pour battre Novak Djokovic, son bourreau en finale de Wimbledon, et reprendre sa place de No. 2 mondial, chipée par Andy Murray le temps d’une semaine. A une semaine de l’US Open, tous les voyants sont au vert pour le septuple vainqueur dans l’Ohio.

 

Roger Federer a glané son septième trophée à Cincinnati. © Western & Southern Open

 

Roger Federer n’est pas Eric Stoner. Pourtant, c’est un fait. L’Helvète est bel et bien le véritable Kid de Cincinnati. Pour la 7ème fois, l’ancien No. 1 mondial s’est imposé dans son jardin de l’Ohio. Après avoir fait l’impasse sur Montréal, le Suisse a effectué un retour gagnant sur le circuit, cinq semaines après sa cruelle désillusion en finale de Wimbledon. Et lorsque Roger Federer reprend la raquette à Cincinnati, la concurrence n’a qu’à bien se tenir. Demandez plutôt à Novak Djokovic qui n’a toujours pas réussi à s’imposer dans le Masters 1 000 américain. Toutefois, il peut nourrir des regrets très relatifs, tant son rival suisse a réalisé une semaine exceptionnelle, à l’aube de l’US Open.

Désormais âgé de 34 ans, Roger Federer ne pouvait, en effet, pas rêvé d’une meilleure manière pour entamer sa 35ème année d’existence. Serein et explosif, il n’a laissé que des miettes à ses adversaires. Preuve de la suprématie de l’Helvète pendant sa semaine dans l’Ohio, il n’a concédé aucun set sur sa route triomphale, ni même son service. Encore plus fort, ni Andy Murray, au stade des demi-finales, ni même Novak Djokovic, en finale, n’ont réussi à se procurer la moindre balle de break contre lui. Seul Feliciano López a réussi « l’exploit » de se procurer trois balles de break, toutes sur le même jeu de service, contre le Suisse. Un danger rapidement écarté par le finaliste de Wimbledon, particulièrement en forme tout au long de la semaine.

Roger Federer continue de réinventer son sport

 

Après un début de tournoi qui laissait présager une promenade de santé du Suisse, contre Roberto Bautista-Agut, Kevin Anderson et Feliciano López, l’épilogue s’annonçait bien plus difficile avec deux cyclones, nommés Andy Murray et Novak Djokovic, à écarter pour conserver son titre, acquis l’an dernier face à David Ferrer. Pourtant, il n’en fut rien. Les deux hommes en forme du moment, finalistes à Montréal, n’ont rien pu faire devant la puissance et le génie de Roger Federer. Certes, le Suisse a habitué le monde entier à des inspirations venues d’ailleurs, quasiment à chaque rencontre. Mais là où il est très fort, c’est qu’il se montre capable de réinventer son sport à 34 ans.

Et pour cause, l’homme aux 17 tournois du Grand Chelem a gratifié le public américain d’un nouveau coup très spécial, au plus grand désespoir de ses adversaires. Alors que la tendance est plutôt au ralentissement des surfaces, l’Helvète a ajouté une corde de plus à son arc pour continuer à pratiquer un tennis résolument offensif, pour le plus grand plaisir de son coach, l’illustre Stefan Edberg. Ainsi, lors de ses matches dans l’Ohio, les spectateurs ont pu voir Roger Federer s’avancer de quelques mètres sur le court en retour pour renvoyer le service adverse en demi-volée. Une attitude surréaliste qui a stupéfait les joueurs, Novak Djokovic en tête. Contre le Serbe, le tenant du titre ne s’est d’ailleurs pas privé pour retourner à quelques centimètres du carré de service. Un choix risqué mais payant. En s’avançant très nettement sur le terrain, l’Helvète vient ainsi très rapidement au filet, ce qui met une pression considérable sur son adversaire, en l’obligeant à jouer un passing ou un lob. Même si le Suisse a avoué qu’il devait encore peaufiner sa technique, il semble avoir trouvé, dans cette innovation, un bon moyen de sortir des schémas de jeu habituels pour surprendre ses rivaux. Une arme dont ne devrait pas se priver le dauphin du Djoker à Flushing Meadows.

Cincinnati se refuse toujours au Djoker

 

Au-délà de son niveau de jeu très élevé tout au long de sa semaine, Roger Federer a l’habitude de briller à Cincinnati. En effet, le Suisse est invincible en finale dans l’Ohio. Il l’a encore prouvé ce dimanche contre le No. 1 mondial. Sept titres en sept finales, l’Helvète peut difficilement faire mieux. Mais le nouveau succès de celui qui est resté 302 semaines sur le trône de l’ATP est peut-être encore plus fort. En battant aisément Novak Djokovic, il a mis fin à une série de trois défaites consécutives face au patron du circuit. Trois revers difficiles à digérer puisqu’il s’agit de trois finales de tournois majeurs, à savoir deux finales de Masters 1 000 à Indian Wells puis Rome, et surtout une finale de Grand Chelem, à Wimbledon. De plus, il en a profité pour mettre un coup sur la tête du Serbe en le privant du « Golden Masters ». Cincinnati est en effet le dernier Masters 1 000 qui résiste au No. 1 mondial. En cinq finales dans l’Ohio, il n’a jamais réussi à s’imposer, ni même à remporter un set. Une terre maudite. « C’est la cinquième fois que je suis en finale ici, il faut peut-être que j’attende que Roger prenne sa retraite pour gagner ici », a plaisanté le Djoker à l’issue de la finale. Battu par Andy Murray, à Montréal, puis Roger Federer, à Cincinnati, en l’espace d’une semaine, le No. 1 mondial accuse le coup.

Cerise sur le gâteau, cette victoire de prestige permet à Roger Federer de reprendre sa place de No. 2 mondial, chipée une semaine plus tôt par Andy Murray. A 34 ans, Roger Federer n’avait jamais battu le No. 1 et le No. 2 au classement ATP dans le même tournoi. C’est désormais chose faite. Avec cette victoire, le Bâlois ajoute une unité supplémentaire à son palmarès avec un 87ème titre en carrière, le 5ème en 2015 (Brisbane, Dubaï, Istanbul, Halle et Cincinnati). C’est son 24ème Masters 1 000, ce qui lui permet de revenir à hauteur de Novak Djokovic et à seulement trois unités de Rafael Nadal, à l’arrêt cette année. Le Suisse arrivera donc à New York avec une confiance à son zénith. Frais physiquement, il pourra se lancer à l’assaut d’un 6ème titre à l’US Open dans les meilleures dispositions. A Cincinnati, Roger Federer a été intouchable. Bis repetita à Flushing ?

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion