Coupe Davis : God doesn’t save the Frenchies

Face à la Grande-Bretagne d’Andy Murray, les Bleus n’ont pas fait le poids sur le gazon londonien du Queen’s en quarts de finale de la Coupe Davis. Plus de six mois après le douloureux échec lillois en finale contre la Suisse, l’équipe de France vient de subir une défaite qui laissera des traces. Cette nouvelle désillusion est d’autant plus difficile à digérer car les Tricolores avaient bénéficié d’un tirage au sort très favorable. Mais le costume de favori, qui leur avait été alloué, était malheureusement trop lourd à porter.

 

Les Bleus remercient leurs supporters. © FFT – Fédération Française de Tennis

 

Grande-Bretagne – France

 

The Queen’s Club, Londres

 

La Grande-Bretagne bat la France 3 victoires à 1.

 

Non, les Anglais n’ont pas tiré les premiers mais ils ont bel et bien remporté la bataille contre leur éternel ennemi, la France. Malgré la victoire inaugurale de Gilles Simon aux dépens de James Ward, les Bleus n’ont jamais réussi à vaincre Andy Murray, le leader incontestable de la Grande-Bretagne, aussi bien en simple qu’en double, pour rejoindre le dernier carré de la Coupe Davis et ainsi rêver d’un trophée qui leur échappe depuis 2001. 14 ans, cela ne vaut pas les 32 années écoulées depuis la dernière victoire française à Roland-Garros, mais ça commence sérieusement à faire long. En face, nos voisins d’outre-Manche ont pu compter sur leur patron pour empocher les trois points nécessaires à la qualification et ainsi s’ouvrir les portes du dernier carré, stade de la compétition qu’ils n’avaient plus atteint depuis 1981.

Dans le clan français, la longue disette commence à peser, d’autant plus que la génération dorée du tennis tricolore, emmenée par « Les Nouveaux Mousquetaires » que sont Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Gaël Monfils et Gilles Simon, ne parvient toujours pas à arracher un trophée qui marquerait l’histoire de sa discipline dans son pays. Le temps presse et les opportunités de marquer le tennis français pour toujours vont devenir de plus en plus rares.


Le mental, nerf de la guerre

 

Ce qui fait cruellement défaut à cette équipe de France, pourtant bourrée de talent, c’est son manque de mental. Dans les moments décisifs, les Bleus craquent quasiment à chaque fois. Et face à des cadors, comme Roger Federer, Novak Djokovic ou Andy Murray en l’occurrence, cela ne pardonne pas. Les Français ont les armes pour battre les meilleurs joueurs du monde, ils parviennent même à les bousculer. Mais au moment de conclure, il leur manque toujours un supplément d’âme pour transformer un superbe match en exploit. Les Tricolores ne possèdent pas un « tueur » sur le court et cela se voit dans les résultats. Seul Gaël Monfils sait se transcender dans les moments chauds mais le Parisien est encore trop inconstant, bien qu’il se prenne (enfin) en main depuis quelques mois.

On pourra s’amuser à dire que la Grande-Bretagne ne se résume qu’à Andy Murray, ce qui est d’ailleurs loin d’être complètement faux, toujours est-il que l’Ecossais montre régulièrement sa capacité à tuer des matches étouffants. Jo-Wilfried Tsonga et Gilles Simon en ont fait l’amère expérience ce week-end à Londres. Ils ont eu leur chance mais celle-ci ne s’est jamais concrétisée. Et c’est toute la différence qui sépare les Bleus de jours heureux.


L’énigme Richard Gasquet

 

Un Français a brillé par son absence au Queen’s. Il s’agit, ni plus ni moins, de Richard Gasquet. Demi-finaliste à Wimbledon après ses victoires sur Grigor Dimitrov, Nick Kyrgios et Stan Wawrinka, il apparaissait logiquement comme l’homme providentiel d’Arnaud Clément. Pourtant, il n’en fut rien. Le Biterrois n’a disputé aucun match contre les Britanniques. Il était prévu pour le cinquième match décisif mais c’était déjà trop tard. Certes, il était forcément un peu éreinté par son beau parcours à Church Road. Pour autant, Richard Gasquet était en état de jouer et pouvait compter sur un capital confiance gonflé à bloc. Malgré les justifications peu convaincantes du capitaine, ne pas sélectionner le meilleur joueur français du moment sur gazon reste une incompréhension. C’est même une faute professionnelle.

Le panel de joueurs de qualité a beau être incroyablement dense dans les rangs français, il n’en reste pas moins que ce problème de riche ne peut effacer l’erreur commise. Cela ne signifie pas que Jo-Wilfried Tsonga et Gilles Simon ont été ridicules contre Andy Murray. Loin de là. Les aligner n’avait d’ailleurs rien de surréaliste. Le Manceau a disputé deux demi-finales au All England Club et le Niçois a réalisé un bon tournoi de Wimbledon cette année en atteignant les quarts, seulement battu par Roger Federer. Mais quand on possède dans son équipe Richard Gasquet, tombé avec les honneurs contre Novak Djokovic aux portes de la finale de Wimbledon, on ne le laisse pas sur le banc. Arnaud Clément a tenté un coup de poker, il s’est finalement pris les pieds dans le tapis.

 

Richard Gasquet s’entraîne sur le gazon du Queen’s. © FFT – Fédération Française de Tennis


La gestion encore en question

 

Il faut croire que les leçons de la finale perdue à Lille n’ont pas été retenues. A l’image de la gestion du cas Tsonga, blessé à l’avant-bras droit et forfait pour le double à la dernière minute en novembre dernier, Arnaud Clément s’est encore illustré par une mauvaise gestion de son équipe. Outre le choix étonnant de mettre Richard Gasquet sur la touche, il a aligné une paire de double inédite. Nouvelle erreur, Jo-Wilfried Tsonga et Nicolas Mahut ont pris l’eau face aux frères Murray.

Depuis son arrivée à la tête des Bleus en 2013, Arnaud Clément varie les plaisirs pour le match crucial du samedi. Une mauvaise idée qui coule les Français depuis deux ans. Autrefois le point fort de l’équipe de France, le double est désormais le talon d’Achille des Tricolores. Envoyer Jo-Wilfried Tsonga et Nicolas Mahut au charbon était quasiment voué à l’échec à l’avance. Les deux joueurs ne sont pourtant pas mauvais dans l’exercice, mais faute de temps et d’entraînement pour mettre en place les automatismes indispensables à la réussite de la paire, ils ont explosé en plein vol contre Andy et Jamie Murray, dont l’alchimie fraternelle et sportive a naturellement fonctionné. Le quatrième set en est la parfaite illustration.

Le choix d’Arnaud Clément est tout sauf logique. Une belle option se présentait pourtant à lui au Queen’s. Il aurait pu notamment aligner Nicolas Mahut avec Pierre-Hugues Herbert. Les deux hommes ont l’habitude de jouer ensemble en double, et surtout, ils ont brillé sur gazon cette année, comme en témoigne leur victoire en Angleterre sur l’herbe… du Queen’s. Sur le papier, cela semblait presque un choix évident. Pas aux yeux du capitaine. Certes, le risque que P2H, sélectionné pour la première fois en équipe de France de Coupe Davis, soit envahi par l’émotion de son premier match sous les couleurs françaises était grand. Mais quitte à vouloir absolument jouer la carte de la prudence, pourquoi ne pas avoir aligné Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet ? L’an passé, le duo avait très bien fonctionné. Ils avaient même offert aux Bleus la qualification en finale à Roland-Garros dans une ambiance électrique.

 

Jo-Wilfried Tsonga et Nicolas Mahut lors de leur double. © FFT – Fédération Française de Tennis


L’heure du bilan

 

Après ce nouveau coup dur, vient désormais le temps des doutes pour l’équipe de France et Arnaud Clément. Si la défaite à Lille a été douloureuse face à des Suisses étincelants, celle survenue en Grande-Bretagne l’est davantage car il y avait la place pour accéder au dernier carré de la Coupe Davis et ainsi s’offrir une chance encore plus grande de s’octroyer le Saladier d’argent. Une remise en question s’impose donc d’elle-même avant la campagne 2016. Une aide extérieure pourrait être la bienvenue. Yannick Noah, Henri Leconte, Patrick Mouratoglou, si vous m’entendez…

Désormais, les Français doivent faire le point pour dégager les points positifs et négatifs. Dans la foulée, toutes les possibilités pour combler les lacunes de l’équipe devront être étudiées. Une condition sine qua non au succès des Bleus. En attendant, la Grande-Bretagne, Andy Murray et Amélie Mauresmo vont bien. Merci pour eux.

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion