Open d’Australie : Le Big Four est (paradoxalement) de retour

Connu pour être le tournoi du Grand Chelem le plus « cool », l’Open d’Australie a réservé cette année son lot de surprises. Si le Big Four sera de nouveau réuni au classement ATP ce lundi, les signes de la fin d’une époque commencent à se faire lourdement sentir. Toutefois, Novak Djokovic a pris soin de récupérer son trophée à Melbourne pour marquer l’histoire.

 

Novak Djokovic s’est offert un 5ème titre à Melbourne. © Australian Open

 

Chaque année, l’Open d’Australie marque le coup d’envoi officiel de la saison. La première levée du Grand Chelem apporte souvent quelques enseignements sur les mois à venir et l’édition 2015 fut explosive du premier au dernier jour de la quinzaine. Entre surprises, déceptions et révélations, Melbourne Park est passé par toutes les émotions en cette fin du mois de janvier. A l’heure où notre pays connaît une période noire, l’insouciance de Nick Kyrgios, la rage de vaincre de Rafael Nadal ou la petite insulte de Kim Sears (la fiancée d’Andy Murray) à l’encontre de Tomas Berdych sont autant d’éléments pour retrouver des couleurs et garder le sourire. Le sport est fou, le tennis est dingue. Melbourne est le lieu parfait pour mélanger tous ces ingrédients.


Novak Djokovic, le retour du patron

 

L’année dernière, Novak Djokovic avait quitté l’Australie le moral dans les chaussettes après une bataille épique contre Stan Wawrinka à l’occasion des quarts de finale. Ce fut une véritable bombe sur la Rod Laver Arena puisque le Serbe avait remporté les trois éditions précédentes. Oui mais voilà, depuis un an, le Djoker a bien changé. Il a repris son trône à la tête du classement ATP et surtout, il est devenu papa. Il y a un an, sa collaboration avec Boris Becker était remise en cause par de nombreux observateurs. Moi-même, je restais sceptique sur cette association inédite. Mais aujourd’hui, le duo est inséparable et cumule les succès au fil des mois. Cette année, jusqu’au stade des quarts de finale, Novak Djokovic a tout simplement marché sur ses adversaires. Serein malgré un tournoi de Doha complètement raté pour lancer sa saison avant de se rendre à Melbourne, le Serbe a marché sur l’eau, au point d’apparaître naturellement comme le principal favori pour le titre. Grand favori avec un certain… Stan Wawrinka, le tenant du titre. Leurs retrouvailles étaient très attendues lors des demi-finales. Et pour cause… Lorsque le Djoker et « Stanimal » s’affrontent en Grand Chelem, les batailles sont longues, intenses, dramatiques et très relevées en termes de niveau de jeu et de suspense.

Avant de s’affronter une nouvelle fois en Australie, les deux guerriers avaient livré trois batailles exceptionnelles à la suite en Grand Chelem. La première a eu lieu en janvier 2013 à Melbourne. C’est certainement lors de ce match que Stan Wawrinka a compris qu’il pouvait devenir un champion, un vrai, capable de s’imposer en Grand Chelem. Au terme d’une lutte épique de haute qualité, le Suisse avait rendu les armes au bout de cinq sets, les larmes aux yeux, inconsolable après avoir secoué Novak Djokovic comme il l’a rarement été à Melbourne Park. Le deuxième combat s’est déroulé la même année, mais à New York cette fois, lors de l’US Open. Les deux joueurs ont remis le couvert sur le Arthur Ashe Stadium. Encore une fois, le Serbe s’en était sorti mais Stan Wawrinka sentait déjà qu’il n’était plus très loin. La confirmation est arrivée en 2014 à l’Open d’Australie, un an après le match qui lui avait brisé le coeur. Dans un nouveau match en cinq sets, Stan Wawrinka a mis fin au règne du Djoker à Melbourne. Dans la foulée, le Suisse a remporté le tournoi, pour ce qui constitue encore à l’heure actuelle, son seul et unique titre du Grand Chelem. Les Français n’ont pas fait mieux depuis 30 ans, me direz-vous… Pour la quatrième fois consécutive en Grand Chelem, le Serbe et le Vaudois ont été jusqu’au cinquième set mais avec une issue particulière… En effet, le Djoker a infligé un cinglant 6/0 pour clore les débats face à Stan Wawrinka. Impitoyable. Le choc est d’autant plus brutal pour le Suisse ce lundi matin. Il pointe désormais à la 9ème place du classement ATP.

Sur sa marche triomphale, il ne restait plus qu’Andy Murray à effacer. Le Britannique a tenu durant deux sets et 2h32 de jeu. D’abord très intense et disputée, la finale est brusquement devenue à sens unique au milieu du troisième set. Dans un match aux allures d’hommage au tennis féminin (une pluie de breaks s’est abattue sur la Rod Laver Arena), Novak Djokovic a donné une véritable leçon de tennis à l’Ecossais dans le quatrième set, pour ne pas dire une humiliation, en concluant la finale sur un terrible 6/0. Comme face à Stan Wawrinka au tour précédent. Avec ce succès, le Djoker a signé une 10ème victoire consécutive contre un joueur du Top 10. Le dernier de cette catégorie à l’avoir battu, c’est un certain… Roger Federer, à Shanghai. D’ailleurs, le Serbe a dépassé les quatre titres du Suisse à Melbourne avec un cinquième trophée conquis au terme d’une quinzaine presque parfaite, durant laquelle il n’a concédé que trois sets (deux contre Stan Wawrinka et un contre Andy Murray). Novak Djokovic a remporté son 8ème tournoi du Grand Chelem en Australie, en glanant au passage une 50ème victoire à Melbourne Park lors de sa finale victorieuse. A Melbourne, Novak Djokovic, c’est cinq victoires en cinq finales. Andy Murray, c’est quatre défaites en quatre finales. L’invincible contre le maudit. Si l’Ecossais n’a pas apprécié (mais alors pas du tout) les félicitations du Serbe pour ses fiançailles avec Kim Sears, Novak Djokovic, en revanche, risque de garder le sourire un bon moment. Ce lundi matin, il compte une avance de 3 800 points sur Roger Federer, son dauphin au classement ATP. De quoi passer quelques jours de bonheur avec Jelena et Stefan. Le prochain tournoi du Grand Chelem, Roland-Garros, sera certainement l’objectif majeur de Novak Djokovic cette saison. Mais si Rafael Nadal est en forme sur terre battue, ce sera une mission impossible.

 

Novak Djokovic n’a cessé de montrer son élasticité durant la quinzaine. © Australian Open

 

L’illusion d’un retour du Big Four

 

Non, vous ne rêvez pas. Au nouveau classement ATP, le Big Four est bel et bien de retour. De retour mathématiquement du moins. Si Novak Djokovic et Andy Murray ont confirmé cette résurrection du fameux carré magique en s’affrontant en finale, Roger Federer et Rafael Nadal, quant à eux, ont disparu prématurément du tournoi. Le premier a pris la porte dès le 3ème tour de l’Open d’Australie. A la surprise générale, le No. 2 mondial a pris l’eau contre l’Italien Andreas Seppi, en état de grâce. La dernière fois que le Suisse avait perdu au 3ème tour à Melbourne Park, c’était en 2001… contre Arnaud Clément ! Une éternité. Le choc est brutal puisque l’Helvète restait sur une incroyable série de 11 demi-finales consécutives à l’Open d’Australie. Un peu à l’image du 27 juin 2013 (jour où Roger Federer avait quitté Wimbledon dès le 2ème tour), ce 23 janvier 2015 restera comme l’un des jours les plus difficiles de la fin de carrière de l’ancien No. 1 mondial. Déclin ou simple mauvais match ? Il est trop tôt pour le dire. Certains se dépêchent déjà de dire que le Suisse doit prendre sa retraite immédiatement. Ce sont les mêmes qui disent depuis 2008 que Roger Federer est fini pour le tennis. Si être No. 2 mondial à 33 ans, c’est être fini pour le tennis, qu’en est-il pour 99% du circuit ? Au fond de lui, j’ai l’intime conviction que le Suisse pense qu’il a encore un Grand Chelem dans sa raquette. Wimbledon semble sa meilleure chance pour remporter un 18ème titre du Grand Chelem qui serait, bien évidemment, historique.

 

Roger Federer n’était pas dans un bon jour contre Andreas Seppi. © Australian Open

 

Son meilleur ennemi sur le court, Rafael Nadal, n’a pas connu un destin beaucoup plus heureux dans cet Open d’Australie. L’Espagnol est sorti du tournoi par la petite porte lors des quarts de finale, sèchement battu par Tomas Berdych. Le Tchèque n’avait plus battu le Majorquin depuis 2006. Il s’est même bien vengé puisqu’il a pris soin d’infliger un 6/0 (score à la mode décidément) au vainqueur de l’édition 2009. Mais avant même de céder face à Tomas Berdych, Rafael Nadal avait déjà failli prendre la porte dès le 2ème tour, très sérieusement bousculé par le surprenant Tim Smyczek. Preuve de la souffrance de l’Espagnol qui est arrivé en Australie sans la moindre victoire cette saison (il a perdu lors de son entrée en lice à Doha), il est tombé à genoux après sa victoire contre l’Américain, visiblement très ému. Faisant parler sa rage de vaincre, Rafael Nadal est parvenu à rallier les quarts de finale mais il ne pouvait pas nourrir de meilleures ambitions dans le tournoi. Pour la première fois depuis 2003, il n’y avait ni Roger Federer, ni Rafael Nadal dans le dernier carré à Melbourne. Doucement mais sûrement, une page se tourne. La nouvelle génération frappe à la porte. Nick Kyrgios est amené, selon moi, à devenir un futur leader du tennis mondial. Sa personnalité digne d’une rock-star, son insouciance et sa puissance font de lui une étoile montante qui risque de faire des étincelles dans les années, si ce n’est les mois, qui viennent. A 19 ans, le garçon a déjà deux quarts de finale en Grand Chelem au compteur. En dehors, il n’a gagné qu’un seul match. C’était à Toronto l’été dernier. S’il continue sur sa lancée, il amènera un vent de fraîcheur sur le tennis. Et c’est tant mieux !

 

Au bord des larmes, Rafael Nadal a lutté face à Tim Smyczek. © Australian Open

 

Clap de fin pour cet Open d’Australie 2015. La prochaine levée du Grand Chelem, ce sera à Paris pour Roland-Garros. Nul doute que Rafael Nadal sera bien là pour défendre son titre et aller chercher, pourquoi pas, un 10ème titre historique et phénoménal.

D’ici là, la tournée américaine et la saison sur terre battue seront riches en enseignements.

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion