Masters : Novak Djokovic finit l’année en apothéose (ou presque)

Le Masters 2014 restera dans les annales comme le plus déséquilibré, si ce n’est le plus triste, de l’histoire. Si la victoire de Novak Djokovic semble logique, le scénario du tournoi a été d’une grande faiblesse. Une seule grosse bataille, trop de matches à sens unique et une finale de rêve qui n’a pas eu lieu. Bref, le Djoker est le patron du circuit. Il n’y a rien d’autre à retenir de ce Masters bien morose.

 

Novak Djokovic remporte son quatrième Masters, son troisième à Londres. © ATP

 

Avec une troisième victoire consécutive à l’O2 Arena, Novak Djokovic s’est adjugé le Masters le plus étrange, pour ne pas dire le pire, de l’histoire. A la lutte jusqu’au bout pour le trône du classement ATP, le Serbe a logiquement confirmé sa domination sur le tennis mondial à l’issue d’une saison bien remplie. Un regret cependant… Un Djokovic – Federer pour clore la saison aurait été majestueux. Dommage. Ce n’est que partie remise.


Djokovic et Federer au sommet

 

Deux joueurs ont écrasé la concurrence à l’O2 Arena de Londres. Sans surprise, il s’agit de Novak Djokovic et de Roger Federer, les deux meilleurs joueurs actuels sur le circuit. Le Serbe et le Suisse ont proposé un tennis de qualité dans la capitale anglaise. Très logiquement, ils marqué de leur empreinte ce Masters en imposant leur loi aux six outsiders, finalement impuissants face à la domination serbo-suisse.

Pour sa 13ème apparition consécutive au Masters, Roger Federer n’a connu aucune difficulté pour rallier sa 12ème demi-finale dans le Tournoi des Maîtres. Le No. 2 mondial s’est baladé à l’O2 Arena en administrant des leçons de tennis à Milos Raonic, Kei Nishikori, et surtout, Andy Murray, littéralement humilié devant son public par l’Helvète. Preuve de sa domination sans partage au sein de son groupe, le Bâlois n’a concédé aucun break contre lui, ni même perdu un set, sur la route des demi-finales. Son seul tie-break disputé, contre Milos Raonic lors de son premier match, a tourné à la démonstration avec un sévère 7 – 0 infligé au Canadien. Au total, Roger Federer n’a abandonné que treize jeux à ses adversaires lors de ses trois premiers matches. Le Suisse s’est montré tout simplement intouchable pour rejoindre le dernier carré.

Le patron du circuit n’a pas été plus inquiété que son rival suisse à Londres. Sur un nuage depuis qu’il est papa, Novak Djokovic a poursuivi sa belle lancée parisienne en Angleterre. Impérial à Berçy, le Serbe a remis ça dans l’enceinte de l’O2 Arena. Le No. 1 mondial n’a fait qu’une bouchée de ses adversaires. Si les démonstrations réalisées contre Marin Cilic, étonnant vainqueur de l’US Open, et Tomas Berdych n’ont pas été vraiment surprenantes, le récital livré par le No. 1 mondial face à Stan Wawrinka fut, en revanche, assez inattendu. A l’image du Federer – Nadal disputé à l’O2 Arena en 2011, où l’Espagnol avait semblé totalement impuissant, le Suisse n’a rien pu faire face à l’homme en forme du moment. 62 points remportés par Novak Djokovic, seulement la moitié, 31, par Stan Wawrinka, la claque est terrible. Après les duels épiques en Grand Chelem entre les deux hommes, on s’attendait à une nouvelle lutte de haute volée. Il n’en fut rien. Le choc a accouché d’une souris. En ne concédant aucun set pour se qualifier pour les demi-finales, Novak Djokovic a logiquement imité Roger Federer. Les deux favoris étaient injouables.


Wawrinka et Nishikori, les véritables outsiders

 

Derrière le duo intouchable qui domine le circuit, les outsiders ont connu des fortunes diverses. Stan Wawrinka et Kei Nishikori ont réalisé de belles choses dans la capitale anglaise. Le vainqueur de l’Open d’Australie s’est notamment illustré en infligeant une correction à Tomas Berdych. En 58 minutes, le Tchèque a été foudroyé par le revers à une main, toujours aussi puissant, de « Stanimal ». Malgré sa défaite sèche concédée face à Novak Djokovic, l’Helvète a su se ressaisir pour valider son ticket pour le dernier carré, en venant à bout de Marin Cilic. De son côté, Kei Nishikori, premier Asiatique à participer au Masters en simple et finaliste de l’US Open, a brillé lors du match d’ouverture du tournoi, en s’imposant en deux sets contre Andy Murray. Logiquement battu par un Roger Federer plus athlétique et agressif deux jours plus tard, le Japonais est parvenu à trouver les ressources nécessaires pour s’offrir une demi-finale contre Novak Djokovic, en évitant le piège tendu par David Ferrer, remplaçant de luxe de Milos Raonic, blessé et forfait pour son dernier match de poule.

Les quatre éliminés des phases de poules sont autant de déceptions. Andy Murray et Tomas Berdych ont fait bien pâle figure à Londres, certainement exténués par une saison trop longue pour les organismes. Le Britannique, pourtant auteur d’une belle fin de saison avec des titres à Vienne et Valence, a essuyé deux revers à l’O2 Arena, l’un frustrant contre Kei Nishikori, l’autre humiliant face à Roger Federer. Même chose pour le Tchèque vaincu par Stan Wawrinka et Novak Djokovic. Enfin, Marin Cilic et Milos Raonic n’ont jamais existé pendant le dernier grand rendez-vous de la saison. Le Croate s’est contenté de faire le touriste dans la capitale anglaise tandis que le Canadien, le premier à participer au Masters en simple, n’a pas été à la hauteur de l’événement. Après deux défaites, il a fini par déclarer forfait pour une blessure au quadriceps.


Murray humilié devant son public

 

C’est l’une des images fortes de ce Masters. L’impuissance d’Andy Murray, sous les yeux d’un public britannique médusé, horrifié mais aussi émerveillé, devant un Roger Federer en état de grâce, injouable, intouchable. Personne n’avait envisagé un tel scénario entre le Suisse et l’Ecossais. Les spectateurs, comme les spécialistes, imaginaient une victoire nette du No. 2 mondial ou un exploit du chouchou du royaume… Mais une leçon, une humiliation, une exécution infligée à Andy Murray devant son propre public, personne n’avait pu l’imaginer. Surtout pas lui-même.

Dès l’entame de la rencontre, l’ancien No. 1 mondial a immédiatement mis la tête du Britannique sous l’eau. Sur un nuage, aérien, agressif, le Suisse revenait aux plus belles heures de sa carrière le temps d’un soir pour démontrer toute l’étendue de son talent au Royaume-Uni. En face, Andy Murray tentait, tant bien que mal, de sauver les meubles. Mais en face de lui, il avait une machine monstrueuse, impossible à stopper. Roger Federer n’avait jamais infligé un 6/0 à l’Ecossais, le Suisse a rectifié le tir à l’O2 Arena.

Après 56 minutes de jeu à sens unique, le massacre, la boucherie, l’exécution ou la démonstration, prenez le mot qui vous convient, prenait fin. Pour sauver l’honneur, Andy Murray a réussi à inscrire un seul jeu. C’était déjà un miracle. Le Britannique devait s’imposer en deux sets pour rester en vie à Londres, il est finalement reparti en bicyclette en Ecosse. On ne sait si « Queen » Elisabeth II a apprécié la prestation de « King Roger », toujours est-il que l’Helvète a livré un récital stratosphérique qui restera dans les annales. 54 points inscrits par Roger Federer, 24 par Andy Murray, la messe était dite. Peut-être un peu trop. Une minute de silence pour la Grande-Bretagne. Le Big Four est mort. Vive le Big Two !

 

Roger Federer a infligé une correction à Andy Murray. © ATP


Federer – Wawrinka : le match du tournoi

 

Il aura fallu attendre une semaine pour assister au seul et unique duel épique du tournoi. Dans un duel 100% suisse, Roger Federer et Stan Wawrinka ont offert au public de l’O2 Arena un superbe combat de près de trois heures. La dernière fois que les deux hommes s’étaient rencontrés, c’était déjà Londres lors des quarts de finale de Wimbledon dans un match d’une grande qualité. Cette fois, c’était au Masters pour une demi-finale forcément spéciale. Dès l’entame de la rencontre, Stan Wawrinka a pris à la gorge Roger Federer. Retrouvant le feu sacré qui l’avait propulsé vers les étoiles, le Vaudois a logiquement pris les devants dans la rencontre. Mais il faut toujours se méfier de l’eau qui dort… Faisant parler son expérience, le No. 2 mondial a laissé passer l’orage pour se relancer dans la partie. Sans perdre son sang-froid, le Bâlois s’est remis dans le bon sens pour recoller à un set partout. C’est alors que le match s’est transformé en un incroyable thriller haletant dans la manche ultime.

Breaké d’entrée dans le troisième set, Roger Federer s’est, malgré tout, battu pour rester au contact et ainsi obliger son compatriote à servir pour le match. Dans une ambiance électrique, l’ancien No. 1 mondial s’est sublimé pour sauver trois balles de match et effacer son break de retard. Devant un public en fusion, l’instinct de survie du Bâlois s’est réveillé. Pour un match aussi serré et tendu, quoi de mieux qu’un jeu décisif pour départager deux champions ? Alors que l’air devenait irrespirable dans l’O2 Arena, la rencontre s’approchait irrémédiablement d’une issue dramatique, tant le combat helvétique était exceptionnel sur le court. Finalement, Roger Federer a sauvé une nouvelle balle de match, avant de conclure sur sa première opportunité. Au terme d’une demi-finale d’exception qui aura duré 2h48, le Bâlois est revenu de l’enfer pour s’offrir une 9ème finale au Masters et ainsi viser un 7ème titre. Stan Wawrinka a plus osé que son compatriote mais a craqué dans les moments cruciaux. Que le sport est cruel parfois… Incontestablement, c’est le plus beau match de ce Masters 2014.

 

Roger Federer a remporté une bataille épique contre Stan Wawrinka. © ATP

 

Mais la bataille sublime remportée par Roger Federer a rapidement laissé place à la frustration. Lors de son combat de près de trois heures, le Suisse s’est blessé au dos en fin de match. En raison de son âge (33 ans) et surtout de la finale de la Coupe Davis qui se profile à l’horizon (contre la France le week-end prochain), le No. 2 mondial a déclaré forfait pour la finale contre Novak Djokovic. Sans lutter, le Serbe a donc remporté son 4ème Masters, le 3ème consécutif. Malgré la place de No. 1 mondial et le gain d’un dernier titre majeur, le Djoker termine l’année avec un parfum d’inachevé. A l’image de ce Masters, étrange, étonnant, décevant.

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion