Coupe Davis : Le jour de gloire de la Suisse est arrivé !

La Suisse est sur le toit du monde. Au terme d’une finale bien maîtrisée contre la France, les Helvètes ont soulevé le Saladier d’argent pour la première fois de leur histoire. Roger Federer et Stan Wawrinka ont propulsé leur pays au septième ciel. Avec cette victoire, le Bâlois rentre un peu plus dans la légende.

 

Les Suisses savourent leur premier titre en Coupe Davis. © Davis Cup


France – Suisse 

 

Stade Pierre-Mauroy, Lille

 

La Suisse bat la France 3 victoires à 1.

 

Avant même l’issue de la rencontre entre la France et la Suisse au stade Pierre-Mauroy de Lille, cette finale s’annonçait d’ores et déjà historique. La génération dorée du tennis tricolore tenait une occasion en or de s’inscrire dans la légende du sport français. Le cadre était d’autant plus idéal dans cet écrin majestueux, habituellement dédié au football avec le LOSC et transformé en une arène exceptionnelle. Mais en face, Roger Federer pouvait, quant à lui, ajouter une nouvelle page à sa légende, déjà stratosphérique dans l’histoire du tennis, en offrant la Coupe Davis à son pays, exploit qui n’a jamais été réalisé par le passé. Souvent bien seul dans sa carrière pour faire briller les couleurs helvétiques, le Bâlois pouvait compter cette fois sur Stan Wawrinka, devenu un champion en glanant l’Open d’Australie après avoir été pendant longtemps un perdant magnifique. Avec deux vainqueurs en Grand Chelem dans ses rangs, la Suisse faisait légitimement figure de favorite. Pour autant, les Français, emmenés par Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Richard Gasquet, avaient les armes pour créer la surprise. La magie de la Coupe Davis réside dans l’incroyable énergie de transcendance qu’elle procure aux joueurs qui la disputent. Et c’est pour cela qu’on l’aime…


La Monf’ répond avec autorité à Wawrinka

 

Dans une ambiance de feu, ce sont les Suisses qui ont tiré les premiers. Et pour cause, Stan Wawrinka a livré une partie étincelante face à Jo-Wilfried Tsonga. Totalement débridé dès l’entame du match, le Suisse a montré qu’il avait déjà digéré la frustration du Masters (défaite au terme d’une demi-finale très serrée contre Roger Federer) pour prendre l’ascendant sur le Manceau, trop crispé. Très bon en coup droit et monstrueux en revers, Stan Wawrinka a étouffé son adversaire pour virer rapidement en tête. Mais la machine infernale du Vaudois s’est grippée dans le deuxième set, laissant ainsi Jo-Wilfried Tsonga entrer enfin dans son match. Profitant du service moins performant et de l’enchaînement des fautes directes de l’Helvète, le Tricolore a recollé au score. Mais « Stan The Man » était bel et bien trop fort lors de ce premier simple… Le Suisse a repris le contrôle du match en faisant exploser le Français dans l’échange. Malgré un service inconstant, le Vaudois s’est montré irrésistible en revers et très efficace à la volée pour tuer le suspense dans les deux dernières manches. Impuissant devant la précision de Stan Wawrinka, le Manceau n’a pu que constater les dégâts. Auteur d’une excellente prestation, le vainqueur de l’Open d’Australie a ainsi lancé le week-end des Suisses de la meilleure des manières.

Mais après la douche froide, c’est un véritable volcan qui a retourné le stade Pierre-Mauroy ! Et pour cause, Gaël Monfils, transcendé, incandescent, n’a fait qu’une bouchée de Roger Federer, bien loin de son meilleur niveau. Malgré quelques tests à l’entraînement durant la semaine, force est de constater que le Bâlois n’était pas lui-même sur le court le vendredi. Lent, emprunté, crispé, il ne disposait pas des armes nécessaires pour venir à bout du Parisien. Car en face, le Tricolore a sorti l’artillerie lourde. Puissant et autoritaire tout au long du match, il a constamment agressé son adversaire, muet devant la foudre qui s’abattait sur lui. Après les deux premiers sets facilement maîtrisés par Gaël Monfils, Roger Federer a semblé retrouver quelques sensations sur terre battue pour être en mesure de rivaliser avec le Français. Mais l’embellie suisse était trop tardive.

Tel un boxeur sur le court, le Parisien n’a pas tremblé et s’est envolé vers la victoire. Survolté et impérial, il a mis le feu à Pierre-Mauroy. Même si Roger Federer n’était pas vraiment lui-même, à cause de sa blessure au dos qu’il traîne depuis sa demi-finale épique au Masters, le Français a eu le mérite de garder sa concentration jusqu’au dernier coup de raquette pour livrer une prestation de haute volée. Avec talent, Gaël Monfils a rempli sa mission. Au soir de la première journée, l’égalité était parfaite entre la France et la Suisse. Le double du samedi s’annonçait crucial pour offrir un ascendant vital, pour ne pas dire définitif, à l’une des deux équipes… Toutefois, ce n’est un secret pour personne. Plus que jamais, la clé de la finale résidait dans le physique de Roger Federer.

 

Gaël Monfils s’est montré impitoyable contre Roger Federer. © Davis Cup

Le samedi noir des Bleus

 

Attendu comme le tournant du week-end, le double a rapidement tourné au vinaigre pour les Français. La faute à une paire suisse irrésistible, renforcée par un Roger Federer retrouvé, enfin libéré de ses problèmes lombaires. Mais le samedi noir des Bleus a débuté dans la matinée avec un couac lourd de conséquences. Alors que Jo-Wilfried Tsonga était initialement prévu pour disputer le double avec Richard Gasquet, c’est finalement Julien Benneteau qui a pris la place du Manceau, à seulement une heure du coup d’envoi du match. Un rebondissement qui n’annonçait rien de bon. Si Arnaud Clément a d’abord évoqué une volonté du finaliste de l’Open d’Australie 2008 de se préserver dans l’optique d’un match décisif contre Roger Federer, Jean Gachassin, le président de la FFT, a, de son côté, contredit le capitaine tricolore, en affirmant que Jo-Wilfried Tsonga était touché à l’avant-bras droit. Une blessure, difficile à digérer pour celui qui avait déjà manqué la finale contre la Serbie en 2010, l’empêchant ainsi d’exprimer tout son potentiel, et qui a pesé lourd dans la balance lors de son duel contre Stan Wawrinka. Une erreur de communication magistrale comme un avant-goût du fiasco qui se préparait dans le camp français.

Car, sur le terrain, ce fut une véritable démonstration des Suisses, sous les yeux de François Hollande qui avait fait le déplacement à Lille. Pas de Marco Chiudinelli et de Michael Lammer à l’horizon mais les deux machines de guerre, Roger Federer et Stan Wawrinka. Oubliée l’embrouille du Masters de Londres, les deux compatriotes ont éteint les rumeurs à leur égard de la meilleure des manières, en apportant une réponse retentissante sur le terrain. Pourtant, les Helvètes ne partaient pas avec les faveurs des statistiques. Ensemble, les deux meilleurs joueurs suisses n’avaient plus remporté un double de Coupe Davis depuis trois ans, avant cette finale. Pas de quoi aborder l’exercice avec sérénité, au moment d’aller chercher le premier Saladier d’argent de l’histoire de leur pays. Oui mais voilà, Roger Federer et Stan Wawrinka ne sont pas redoutés et redoutables pour rien.

D’entrée de jeu, le tandem suisse a donné le ton. Sur sa lancée du match de vendredi contre Jo-Wilfried Tsonga, Stan Wawrinka a démontré toute l’étendue de son talent en double, en faisant des misères à la paire improvisée française. Dans son élan, le Vaudois a entraîné Roger Federer. A la rue face à Gaël Monfils la veille, le Bâlois a retrouvé son tennis au bon moment. Après une première manche bien maîtrisée, les Suisses ont verrouillé le jeu dans le deuxième set, pour mettre un coup sur les têtes des Tricolores et définitivement s’envoler vers la victoire. La magie de Pékin était de retour (titre olympique de Roger Federer et Stan Wawrinka en double lors des JO 2008). Après avoir laissé passer leur chance dans le deuxième acte, Richard Gasquet et Julien Benneteau n’ont pu que constater les dégâts dans la troisième manche. Les conseils de David Macpherson, le coach des frères Bryan, ne sont sans doute pas étrangers à la performance des Suisses… Sur orbite, les Helvètes ont livré un récital pour remporter le double en trois sets secs, et ainsi se retrouver à un seul match d’un premier titre historique. Le tournant du week-end venait d’avoir lieu. Jamais la Suisse n’avait été aussi proche d’une victoire en Coupe Davis.

 

Roger Federer et Stan Wawrinka ont réalisé un match très solide en double. © Davis Cup

 

Roger Federer envoie la Suisse au paradis

 

Car le lendemain, ce fameux dimanche que tout le monde attendait avec impatience, Roger est définitivement redevenu Federer. Les réflexes retrouvés la veille en double ont fait du bien, et ça s’est vu contre Richard Gasquet, une des nombreuses victimes favorites du Bâlois. Malgré l’enjeu, le Suisse n’a rien laissé transparaître sur son visage à l’entame du match, si ce n’est une rage décuplée. Immédiatement, il a pris à la gorge le Biterrois, beaucoup trop timoré pour espérer bousculer l’homme aux 17 tournois du Grand Chelem. Impérial sur le court, le Bâlois a rapidement éteint les derniers espoirs français. Sur le banc, le clan tricolore attendait simplement que l’exécution se termine. Sans trembler, Roger Federer a terminé son récital avec un service gagnant. Tombant à genoux, les yeux humides, remplis par l’émotion, le Suisse venait alors d’ajouter une page supplémentaire à sa légende.

 

Roger Federer a apporté le point décisif à la Suisse. © Davis Cup

 

L’Helvète a donc accepté de passer pour une bille le vendredi, pour monter en puissance le samedi, et enfin livrer une partition proche de la perfection le dimanche. C’est aussi ça le génie de celui qui est resté 302 semaines sur le trône de l’ATP. Forfait pour la finale du Masters dimanche dernier, il remporte la Coupe Davis le dimanche suivant. La magie du sport… C’était le destin de Roger Federer d’aller offrir à la Suisse la première Coupe Davis de son histoire. Ni le « Mirkagate », ni la blessure du Bâlois, n’auront finalement ébranlé la Suisse face à des Français « bien préparés ». Pendant que les Helvètes savourent leur premier Saladier d’argent, les Bleus, quant à eux, courent toujours après un titre mondial qui leur échappe depuis 2001 (victoire contre l’Australie). Les trois dernières finales françaises, 2002, 2010 et donc 2014, ont vu, à chaque fois, les Tricolores échouer à une marche du titre. Le dixième Saladier d’argent attendra.

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion