INSIDE : La Coupe Davis à Roland-Garros, une histoire si spéciale

Lieu historique qui accueille chaque année les Internationaux de France de tennis, Roland-Garros est devenu le temps d’un week-end le théâtre de rêve de la Coupe Davis à l’occasion de la demi-finale entre la France et la République tchèque. Un retour aux origines du stade que personne n’est prêt d’oublier.

 

Un beau soleil et un public en fusion ont égayé le week-end à Roland-Garros. © Maxence Fabrion

 

Les années passent mais Roland-Garros est toujours là, toujours aussi majestueux au sein de la capitale française. Ce week-end, le stade a repris sa toute première fonction pour laquelle il a vu le jour : accueillir la Coupe Davis. Contrairement à la quinzaine printanière durant laquelle le Grand Chelem parisien se déroule, tous les regards n’étaient pas tournés vers plusieurs courts… Un seul a été utilisé pour offrir aux Bleus un écrin magique et prestigieux : le court Philippe-Chatrier. Habitué à me rendre tous les ans Porte d’Auteuil pour assister au tournoi du Grand Chelem sur la terre battue parisienne, j’ai découvert un tout autre Roland-Garros pendant deux jours. Un Roland-Garros survolté et patriote comme on aime le voir. Ces moments sont rares mais c’est justement ce qui fait de ce week-end de Coupe Davis un événement unique et mémorable où joueurs et spectateurs ont vibré ensemble pour aller décrocher la finale.


Roland-Garros en septembre, c’est mieux

 

Pas d’interminables files d’attente, des allées plus tranquilles, du beau temps, de la chaleur, des Français qui gagnent… Vous l’aurez compris, Roland-Garros est bien différent en septembre lorsque le stade est réquisitionné pour la Coupe Davis. Lorsque j’ai pénétré dans l’enceinte parisienne en ce vendredi matin, j’ai senti un vent de légèreté dans le stade. Curieux pour une échéance aussi importante qu’une demi-finale de Coupe Davis me direz-vous… Oui mais voilà, la marée de supporters français était joyeuse, le temps avait décidé de jouer le jeu, il faisait bon et il y avait de la place pour circuler dans les allées, ce qui n’est pas vraiment le cas pendant le tournoi du Grand Chelem ! Preuve que les choses étaient différentes jusqu’au bout, même les prix des articles vendus dans les boutiques du stade étaient plus bas. Véritable ville dans la ville, Roland-Garros offre ce répit dans le temps où le tennis devient votre seul problème. Malgré une matinée calme et ensoleillée, la pression commençait à envahir le stade à l’approche de la première rencontre opposant Richard Gasquet à Tomas Berdych. Il était temps de rejoindre le Chatrier pour une journée de tennis. Un seul mot d’ordre : Allez les Bleus !

 

La place des Mousquetaires, lieu incontournable à Roland-Garros. © Maxence Fabrion


Un public matinal et bouillant

 

Baigné de soleil, le Chatrier s’apprêtait à vivre de beaux moments tennistiques. Il ne manquait plus que la présentation des équipes pour rentrer dans le vif du sujet. D’habitude relativement vide le matin pendant le tournoi, le Chatrier était déjà bien rempli vers 10h30. Une atmosphère très particulière planait sur le court. L’enfer était promis aux Tchèques. Sous l’ovation du public, les joueurs et les deux capitaines ont fait leur apparition sur le court. Après l’hymne de la République tchèque, respecté et même applaudi, tout le monde a repris en coeur la Marseillaise. Moment d’émotion sur le court central. A l’intérieur, ça devait sacrément bouillir pour Arnaud Clément, Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Gaël Monfils, Julien Benneteau et Gilles Simon. Déjà chaud, le public était prêt pour encourager les Bleus.

Premier à entrer en action, Richard Gasquet s’est imprégné des ondes positives du Chatrier pour attaquer son match contre Tomas Berdych dans un esprit de guerrier. Loin d’être favori sur le papier, le Biterrois est entré sur le court plus motivé que jamais. Et ça s’est vu très rapidement… Impeccable tactiquement et très conquérant dans l’échange, Richard Gasquet a tout de suite rassuré son capitaine ainsi que les 15 000 personnes présentes sur le Chatrier. Face à lui, Tomas Berdych, qui n’a été que l’ombre de lui-même, n’a jamais vu le jour. Complètement à côté de ses pompes, le Tchèque n’a rien pu faire contre un Français en état de grâce. Plus expressif qu’à l’accoutumée, Richard était comme habité sur le court par une rage de vaincre dévastatrice qui a tout ravagé sur son passage. Poussé par un public en délire qui ne cessait de l’encourager à mesure que le match se déroulait, il n’a jamais tremblé. Sur un nuage, transcendé comme jamais, il est allé donner le premier point à la France. Richard Gasquet n’avait jamais battu un Top 20 en Coupe Davis, encore moins à Roland-Garros. Le moment était parfaitement choisi.


La journée devait être longue, la matinée fut sublime

 

Dans le sillage de Richard Gasquet, c’est Jo-Wilfried Tsonga qui a fait son apparition sur le Chatrier. Après le repas, rien de mieux qu’un petit Kinder Bueno pour bien digérer, n’est-ce pas ? Plus sérieusement, j’ai raté les 40 premières minutes du match entre « Big Jo » et Lukas Rosol, tombeur de Rafael Nadal à Wimbledon en 2012. Et pour cause, mon estomac commençait à crier famine ! A mon retour sur le court, je n’avais pas raté grand chose. Beaucoup trop fort pour le malheureux Tchèque, totalement perdu sur un Chatrier beaucoup trop grand pour lui, Jo-Wilfried Tsonga n’a pas eu à forcer son talent pour apporter le deuxième point à la France. J’étais même prêt à descendre sur le court pour remplacer le pauvre Lukas… Un jour viendra…

En tout cas, ce match fut une boucherie. Lukas Rosol n’a fait que visiter le court. Il n’était même pas 15 heures et la journée se terminait déjà à Roland-Garros. Il restait encore beaucoup de luminosité. Dans les travées du Chatrier, tout le monde s’amusait en disant : « On enchaîne avec le double ? » N’humilions pas les Tchèques davantage. Il fallait revenir le lendemain pour espérer décrocher un troisième point décisif qui enverrait nos Bleus en finale. Avant de quitter le court central, impossible de ne pas ressentir quelques frissons lorsque les supporters tricolores ont chanté la Marseillaise pour féliciter nos joueurs. Un seul regret pour cette première journée : c’était trop court. Mais qu’importe, je me réjouissais déjà de revenir quelques heures plus tard pour vibrer et prendre d’autres coups de soleil. En attendant, direction Saint-Lazare pour reprendre quelques forces, puis le Trocadéro pour profiter du soleil, avec en prime, la Tour Eiffel comme trophée majestueux.

 

Le court Philippe-Chatrier a vibré comme rarement pour encourager les Bleus. © Maxence Fabrion


Un Chatrier incandescent comme jamais

 

De retour à Roland-Garros le samedi vers midi, j’ai immédiatement senti une excitation décuplée par rapport à la veille. L’odeur de la finale parcourait les allées du stade… Arrivé à ma place sur le Chatrier, l’ambiance était déjà au rendez-vous. La Marseillaise fut encore plus belle, encore plus frissonnante. Le décor était planté. Le court central de Roland-Garros n’était plus un simple lieu dédié au tennis, c’était un véritable stade de foot. Partout, les drapeaux français s’agitaient, les supporters criaient, aussi bien français que tchèques d’ailleurs, il ne manquait plus qu’un grand match de tennis. Pour le coup, j’ai été servi. La paire Tsonga – Gasquet devait se défaire du redoutable duo Berdych – Stepanek. Une partie tendue, un public fantastique. C’était exceptionnel à vivre.

Je suis passé par toutes les émotions pendant la rencontre. D’abord de la frustration lorsque les Tchèques ont empoché la première manche, puis des envies de meurtre à l’encontre de Radek Stepanek lorsque ce dernier est sorti du court pour « traitement médical » à la fin de la deuxième manche alors que nos Français servaient pour égaliser à un set partout. A son retour, le Tchèque n’a pas été déçu par l’accueil qui lui a été réservé. Copieusement sifflé par le Chatrier, il n’a pu empêcher la perte de la deuxième manche. Tout était relancé. Le Chatrier, déchaîné comme je ne l’avais jamais vu, dansait, chantait, criait… Ambiance indescriptible. C’était génial. Sur une bonne dynamique, Jo et Richard ont accru leur emprise sur le match en allant chercher la mise en jeu adverse à deux reprises. Mais c’était sans compter sur le retour improbable de la paire tchèque sous l’impulsion d’un Radek Stepanek qui tentait, tant bien que mal, de maintenir son équipe en vie au côté d’un Tomas Berdych toujours aussi absent sur le terrain…


La délivrance

 

Dans une atmosphère électrique, l’air devenait étouffant. Le suspense était insoutenable. Poussée au jeu décisif, la paire tricolore a néanmoins réussi à reprendre ses esprits pour prendre l’avantage dans la partie. Sur un revers long de ligne de Richard Gasquet, le Chatrier basculait dans l’ivresse du bonheur. Un grand drapeau français se déployait en face de moi, les gens étaient heureux. Il ne restait plus qu’un set pour rejoindre la finale ! En attendant, Gilles Simon, notre marathonien national, devait être bien content. Trois sets disputés, trois heures de jeu sous un soleil radieux, what else ? Rapidement, l’issue du match ne faisait plus vraiment l’ombre d’un doute. Sur un dernier ace de Jo-Wilfried Tsonga, le Chatrier explosa. We did it ! La France est en finale. Les Bleus se rassemblèrent sur le terrain pour fêter leur qualification. Moment intense de communion avec le public. C’était fantastique.

 

Bonheur total des Bleus après leur qualification pour la finale. © Maxence Fabrion


France – Suisse : la finale de rêve

 

Vivement la finale contre la Suisse du 21 au 23 novembre. Cette fois, ce n’est un secret pour personne, je serai derrière la patrie de Roger Federer et Stan Wawrinka. La Suisse n’a jamais soulevé le Saladier d’argent. L’occasion est trop belle pour Roger. Ce dernier aura l’occasion de soulever l’un des rares trophées manquant encore à son incroyable palmarès. L’histoire du tennis ou le bonheur des Bleus… Dans tous les cas, cette finale sera magnifique. J’ai déjà hâte d’y être ! En attendant, retour à la vie quotidienne, au vacarme brumeux et dingue de notre monde… Quoi qu’on en dise, le sport est le formidable moteur de ma vie.

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion