Coupe Davis : La France et la Suisse au rendez-vous

Depuis le tirage au sort, tout le monde en rêvait… Depuis ce week-end, c’est officiel. Elle aura bien lieu ! La finale de la Coupe Davis opposera la France à la Suisse. Les Bleus de Jo-Wilfried Tsonga n’ont fait qu’une bouchée de la République tchèque, pourtant double tenante du titre, pour rejoindre la Suisse de Roger Federer, victorieuse de l’Italie à Genève. 

 

Week-end de rêve à Roland-Garros pour la France. © FFT – Fédération Française de Tennis

 

La consécration d’une génération tricolore ou un trophée de prestige au palmarès de Roger Federer, histoire de parachever sa légende… La finale de la Coupe Davis entre la France et la Suisse s’annonce explosive. Cette affiche de rêve aura lieu au stade Pierre-Mauroy de Lille, véritable théâtre de rêve pour cet événement mondial. Avec 27 000 spectateurs, l’enceinte sportive s’apprête à vivre un moment unique et fantastique. Vivement novembre !

 

France – République tchèque

 

Roland-Garros, Paris

 

La France bat la République tchèque 4 victoires à 1.

 

Jouer une rencontre de Coupe Davis à Roland-Garros, c’est le rêve de tout joueur français. La dernière fois qu’un tel événement avait eu lieu sur la terre battue parisienne, c’était en 2002 à l’occasion d’une demi-finale contre les Etats-Unis. L’histoire était belle puisque les Bleus s’étaient imposés devant leur public pour rallier la finale, finalement perdue à Bercy face aux Russes au bout du suspense (défaite dramatique de Paul-Henri Mathieu contre Mikhail Youzhny dans le cinquième match décisif). Cette année, la France a donc choisi de revenir Porte d’Auteuil pour tenter de relever un défi de taille : battre la République tchèque de Tomas Berdych, double tenante du titre. Un soleil radieux, une atmosphère électrique, des Français survoltés… Tout était réuni pour un week-end de folie sur le court Philippe-Chatrier.

 

Une matinée de rêve

 

Confrontés à des Tchèques en confiance avec leurs deux titres consécutifs en Coupe Davis, les Bleus s’attendaient à une longue bataille à Roland-Garros. La FFT avait même pris les devants en programmant le premier simple de la journée à 10h30 dès le vendredi. Sous un beau soleil, comme on en voit peu durant la quinzaine dédiée au Grand Chelem parisien, et avec un public déjà nombreux en cette douce matinée du vendredi, Richard Gasquet était le premier à rentrer dans l’arène du Chatrier pour y défier Tomas Berdych. Autrement dit, la tâche ne s’annonçait pas très facile pour le Français. Et pourtant… Transcendé par l’enjeu, le Biterrois a infligé une véritable claque au Tchèque en trois petits sets. Impeccable sur sa mise en jeu et conquérant dans l’échange, Richard Gasquet n’a pas laissé le temps de respirer à un Tomas Berdych qui n’était visiblement pas encore revenu de Flushing Meadows. Très inspiré, il a donné une leçon de tennis au No. 1 tchèque. Revigoré par la confiance dont Arnaud Clément a fait preuve à son égard et porté par un public tricolore très bouillant, Richard Gasquet s’est transcendé comme jamais pour aller offrir le premier point de la rencontre à la France. Eblouissant pendant un peu plus de deux heures, il a anesthésié les espoirs de Tomas Berdych. Ce dernier n’est jamais parvenu à trouver ses marques pendant le match, la faute à un Richard Gasquet sur un nuage. Le Tricolore n’avait jamais battu un Top 20 en Coupe Davis, ni même à Roland-Garros. Le jour de gloire était arrivé.

Quelques minutes après la partition parfaite de Richard Gasquet, c’était au tour de Jo-Wilfried Tsonga d’aller au combat face à Lukas Rosol pour faire le break. Le Français ne voulait pas s’éterniser sur le court. Son vœu a été exaucé au-delà de ses espérances. Hormis une petite alerte au début de la partie où il s’est retrouvé avec trois balles de break contre lui, le Manceau a littéralement démoli le pauvre Tchèque dans un match à sens unique. Puissant sur son service et explosif en coup droit, Jo-Wilfried Tsonga n’a pas laissé le moindre espoir à un Lukas Rosol totalement perdu sur un court Philippe-Chatrier beaucoup trop grand pour lui. Avec autorité, le Français a fait visiter les quatre coins du court au 27ème mondial. Pressé d’en finir, il a mis une demi-heure de moins par rapport à Richard Gasquet pour signer une victoire expéditive. Il n’était même pas 15 heures et la France menait déjà 2 – 0 contre la République tchèque. Les Bleus n’étaient alors qu’à un point de la qualification pour la finale. Dès le lendemain, le double pouvait confirmer cette perspective.

Comme dans un rêve, la première journée s’achevait. Elle restera historique puisque depuis la création du groupe mondial en 1981 et les huit demi-finales remportées par les Bleus, la France n’avait jamais réussi à conclure la première journée sans perdre le moindre set. Mieux encore, les Français n’ont concédé que quinze jeux en 3h40 de jeu cumulées sur les deux simples. De quoi être confiant pour le reste du week-end…

 

Tsonga – Gasquet, le duo gagnant du week-end. © FFT – Fédération Française de Tennis

 

Un double explosif dans un Chatrier en fusion

 

Après la journée parfaite de la veille, les Bleus d’Arnaud Clément espéraient rallier la finale dès le samedi à l’occasion du double. Pour y parvenir, la capitaine n’a surpris personne en alignant Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet. La paire tricolore avait fort à faire pour apporter le point de la délivrance aux Bleus. En effet, la redoutable paire tchèque constituée de Tomas Berdych et Radek Stepanek affichait un impressionnant bilan de 15 victoires en 16 matches disputés ensemble dans la compétition.

Loin d’être complexés par les Tchèques, les Bleus ont pris un départ supersonique dans la partie. Une belle entame calmée par le réveil adverse. La crispation gagnait alors la paire tricolore. Poussés au jeu décisif, les Bleus ont finalement lâché le premier set contre une paire tchèque loin d’être étincelante, portée par Radek Stepanak. C’est donc avec un sentiment de frustration que Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet ont débuté la deuxième manche. Obligés de sauver sept balles de break en début de set, les Français sont parvenus à inverser la tendance en prenant le service des Tchèques contre le cours du jeu. Un peu plus relâchés, les Bleus revenaient dans la partie. Sur une bonne dynamique, ils ont fait le break dès l’entame du troisième set, bien aidés par un Tomas Berdych toujours aussi absent sur le court. Mais alors que tout semblait aller pour le mieux avec deux breaks d’avance pour des Tricolores survoltés, les Tchèques ont refait leur retard. La tension était palpable, aussi bien sur le court que dans les gradins. Comme au premier set, les deux paires ont été contraintes de se disputer le gain de la manche au tie-break. Cette fois, les Bleus avaient retenu la leçon.

Sur un revers long de ligne de Richard Gasquet exécuté à la perfection, le Chatrier explosa de joie. Après trois heures de jeu, la paire française virait en tête. L’odeur de la finale commençait à se répandre… Le troisième set ne fut qu’une formalité. Dans une atmosphère magnifique, Jo-Wilfried Tsonga et Richard Gasquet envoyaient la France en finale. Ce sera la 17ème pour les Bleus avec un 10ème Saladier d’argent dans le viseur après le dernier remporté en 2001. A domicile, les Tricolores auront l’occasion d’oublier la défaite douloureuse contre la Serbie il y a quatre ans. Face à la Suisse de Roger Federer et Stan Wawrinka, la tâche s’annonce difficile mais le rêve est permis.

Pour l’honneur, les deux derniers simples ont été disputés le dimanche. Lors du premier match de la journée, Jiri Vesely a apporté le seul point du week-end à la République tchèque en dominant facilement Julien Benneteau. Dans le dernier match de cette demi-finale, Gaël Monfils a parachevé le bonheur des Bleus en battant Lukas Rosol.

 

Les Bleus célèbrent la qualification avec leur public. © FFT – Fédération Française de Tennis

 

Suisse – Italie

 

Palexpo, Genève

 

La Suisse bat l’Italie 3 victoires à 2.

 

Depuis 1992 et la seule finale de son histoire en Coupe Davis perdue contre une armada américaine effrayante (Pete Sampras, Andre Agassi, Jim Courier et John McEnroe), la Suisse attendait son heure pour s’offrir une nouvelle chance. Dans un Palexpo de Genève surchauffé, les Helvètes emmenés par Roger Federer et Stan Wawrinka avaient tous les arguments nécessaires pour se mettre à rêver de la finale face à l’Italie de Fabio Fognini. Dans la lignée de Marc Rosset et Jacob Hlasek, héros malheureux de l’épopée suisse il y a 22 ans, la bande dirigée par Severin Lüthi espère cette fois aller au bout en 2014. Roger Federer ne s’en cache pas. Cette année, le plus beau palmarès du tennis masculin veut ajouter la Coupe Davis à sa vertigineuse collection. Les Français sont prévenus.


Un départ impeccable avant de rater le coche

 

La Suisse attend ça depuis longtemps, trop longtemps… A Genève, Roger Federer avait une mission : emmener son équipe en finale de la Coupe Davis. Pour cela, les Helvètes devaient se débarrasser des Italiens pour entretenir le rêve de soulever le premier Saladier d’argent de leur histoire. En bon leader, Roger Federer a été le premier à entrer en action dans un Palexpo prêt à s’enflammer pour le No. 3 mondial. Sans jouer un grand tennis, le récent demi-finaliste à New York a bien contrôlé la partie contre Simone Bolelli. Dans un match entaché d’un festival de fautes directes, l’Italien a été très loin d’être ridicule. Accrocheur, il a même poussé le Suisse au jeu décisif dans le premier set. Cependant, Roger Federer s’est montré appliqué et suffisamment vigilant pour ne pas se compliquer le travail. Avec la première manche dans la poche, il a attendu l’heure de jeu pour enfin réussir à breaker son adversaire. Malgré le tennis élégant et inspiré de Simone Bolelli, Roger Federer a su faire parler son expérience dans les points importants pour bien maîtriser la partie. Tout en contrôle, il a fait le minimum dans le troisième set pour s’assurer une victoire relativement facile. Solide sans briller, le No. 1 suisse offrait le premier point à son pays. C’était au tour de Stan Wawrinka de faire son apparition devant son public pour mettre un peu plus la Suisse sur les rails de la finale.

Une nouvelle fois, les fautes directes étaient à l’honneur. Cependant, Stan Wawrinka n’a pas eu à forcer son talent pour se défaire de Fabio Fognini, le fantasque Italien célèbre pour ses frasques sur les courts de tennis. Ce dernier ne s’est d’ailleurs pas privé pour offrir le premier set au Suisse en alignant faute directe sur faute directe. Dans le second acte, Fabio Fognini s’est un peu révolté en parvenant à combler un break de retard avant même de réussir à obtenir une balle de break sur le service de Stan Wawrinka, finalement sauvée par un service impeccable de l’Helvète. C’était la fin du temps fort italien. Par la suite, le Suisse a repris la main sur le match pour à nouveau se détacher et mener deux manches à rien. Beaucoup plus solide et relâché que face au Kazakhstan (au tour précédent, il avait perdu contre Andrey Golubev), le No. 4 mondial a tranquillement maîtrisé le troisième set devant un public en ébullition pour permettre à la Suisse de tourner à 2 – 0 à l’issue de la première journée.

Afin d’aller chercher le point de la qualification pour la finale, tout le monde s’attendait à un duo Federer – Wawrinka, peu en réussite ces dernières années en Coupe Davis. Mais surprise ! Severin Lüthi a décidé de laisser Roger Federer au repos, tout juste revenu de l’US Open pour disputer la rencontre, et donc d’envoyer au charbon Marco Chiudinelli pour épauler Stan Wawrinka. Cette paire atypique avait étonné par sa résistance lors du double épique l’an passé face au tandem tchèque Berdych – Rosol. Pourtant héroïques, les Helvètes avaient finalement rendu les armes au bout de… 7h02 de match ! Cette fois, le match n’a pas duré aussi longtemps contre la paire Fognini – Bolelli mais les choses ne se sont pas mieux passées pour autant. Dans une partie décousue avec un niveau de jeu très moyen, les Italiens sont venus à bout des Suisses en cinq sets alors que Stan Wawrinka et Marco Chiudinelli menaient deux manches à une. Depuis le banc, Roger Federer a suivi les débats. Il devait revenir sur le court le lendemain pour tenter d’envoyer la Suisse en finale.

 

Roger Federer est le grand artisan de la victoire suisse. © Swiss Davis Cup Team

 

Roger Federer à la conclusion

 

Bien décidé à en finir pour se rapprocher de son objectif, Roger Federer était de retour sur le court pour tenter d’apporter le troisième et dernier point décisif à la Suisse. Dans un Palexpo déchaîné, Fabio Fognini, adversaire du No. 3 mondial, devait s’attendre à une partie pénible contre un joueur qui ne lui a jamais réussi. En à peine une heure de jeu, Roger Federer avait déjà conclu les deux premiers sets. Faisant parler sa fraîcheur (il n’a pas disputé le double), le Suisse déroulait tranquillement avec une ambiance indescriptible en toile de fond. Dos au mur, Fabio Fognini a bien tenté un baroud d’honneur dans la troisième manche en se procurant quatre balles de break, toutes manquées. Profitant d’une baisse d’intensité physique du Suisse, l’Italien a alors réussi à embarquer le No. 3 mondial dans un tie-break. Lucide et solide, Roger Federer a parfaitement négocié l’exercice pour ne pas se compliquer la tâche. Dominateur tout au long de la partie, l’Helvète pouvait alors sauter de joie. 22 ans après l’épopée de Marc Rosset et Jacob Hlasek, les Suisses auront donc une nouvelle occasion de soulever le premier Saladier d’argent de leur histoire. En attendant, les joueurs communiaient avec le public avec un tour d’honneur improvisé de Roger Federer porté en triomphe sur les épaules de Severin Lüthi et de Stan Wawrinka. Au stade Pierre-Mauroy de Lille contre la France du 21 au 23 novembre, l’homme de tous les records pourra tenter d’écrire une nouvelle page merveilleuse de sa légende. Le Suisse a prévenu : « Je ne suis pas arrivé jusque-là pour perdre en finale. »

Dans le dernier match sans enjeu du week-end, Andreas Seppi s’est difficilement défait de Michael Lammer.

 

Belle communion entre les Helvètes et leurs supporters. © Swiss Davis Cup Team

 

Quoi de mieux qu’une rencontre France – Suisse en finale de la Coupe Davis pour terminer l’année tennistique ? A Lille, Français et Suisses ont rendez-vous avec les étoiles. Préparez-vous !

Maxence Fabrion

Maxence Fabrion

Rédacteur chez La Petite Balle Jaune
Journaliste en formation. Drogué au sport. Inconditionnel de la petite balle jaune. A eu la chance de grandir avec les coups légendaires et les exploits homériques de Roger Federer. Objectif mais pas trop. Envie de voyager aux quatre coins du globe.
Maxence Fabrion