A la rencontre de Darren Tulett, « l’all rounder » de beIN SPORTS

Darren Tulett. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore (ne riez pas, il en existe encore quelques uns), ce fils d’ouvrier anglais est depuis plus de 20 ans l’une des figures du journalisme sportif en France. Son humour « so british », son look parfois excentrique, mais aussi son point de vue de britannique lui ont permis de se démarquer et de très vite se faire adopter par les français, au point de faire l’unanimité auprès des passionnés de sports.

Après avoir animé vos week-ends de sports sur Canal+ pendant plus de 10 ans, il fait ses valises en 2012 pour aller créer, sous l’égide de Charles Biétry, la nouvelle grande chaîne de télévision dédiée aux sports (et qui fait trembler son ex-employeur), beIN SPORTS.

 

Darren Tulett et sa raquette de tennis

Darren est prêt pour Wimbledon !


Nous avons eu la chance de le rencontrer le 6 juin dernier, dans les locaux de beIN SPORTS à l’occasion du point presse consacré au tournoi de Wimbledon qui arrive à grands pas (23 juin). De son arrivée sur beIN SPORTS et son amour pour Wimbledon, à ses pronostics pour les Bleus à la Coupe du Monde au Brésil, en passant par sa rencontre avec la reine Elisabeth II, Darren Tulett nous dit tout !

 

LPBJ : Darren, cela fait maintenant quelques temps que vous êtes chez beIN SPORTS, depuis le départ même ! Quelles évolutions avez-vous vu ? Est ce que vous vous sentez bien dans cette chaîne ? Mieux qu’à Canal+ ?

Darren Tulett : (Rires.) « Bien sûr je me sens très bien! Et forcément j’ai vu énormément d’évolutions et de changements depuis le début. Parce que quand je suis arrivé, on était vraiment au début de l’aventure. On était 4-5 dans un bureau, autour de Charles Biétry à l’époque. On était en train de réfléchir à la stratégie, et qui on voulait faire venir et comment on allait construire tout ça. Donc j’ai vu énormément de changements, et Wimbledon c’est aussi une nouveauté qui s’ajoute à la richesse de beIN SPORTS. »

 

« Dès le 1er jour, il faut qu’on soit au rendez-vous ! »

 

Wimbledon, le tournoi du Grand Chelem le plus historique, sur beIN Sports, ça doit être énorme pour vous et pour la chaîne…

DT : « C’est la première fois qu’on sera à Londres pour diffuser ce tournoi, prestigieux, fabuleux, avec toute la tradition qui va avec. Et pour nous à chaque fois qu’on a quelque chose de nouveau comme ça, c’est vécu comme une chance. C’est aussi pour ça que nous étions forcément tous attirés par ce défi, ce challenge de venir dans cette nouvelle chaîne. On savait qu’on allait construire quelque chose, qu’on allait tous participer à la construction d’une aventure. Dans n’importe quelle profession, dans n’importe quel domaine, c’est très excitant d’être là au début d’un grand projet, c’est aussi vrai pour nous. Et à chaque fois qu’on obtient de nouveaux droits de diffusion, on nous rajoute de nouvelles possibilités, mais aussi de nouveaux challenges, et il faut qu’on soit là. Dès le premier jour, il faut qu’on soit au rendez-vous, il faut qu’on soit bons, et qu’on ait bien préparé notre coup. On va donc partir nombreux pour aller couvrir ce tournoi. »

Darren, vous qui êtes anglais, à quel point ce tournoi est spécial pour vous ?

DT : « Wimbledon, c’est le tournoi qui me fait rêver depuis mon enfance parce que forcément j’ai grandi avec, à l’opposé de tous ces loulous-là (il montre les journalistes Thibault Le Rol, Charlotte Gabas, Jean-François Morel et les consultants Sébastien Grosjean, Fabrice Santoro et Thierry Champion). Wimbledon, c’est toute mon enfance ! Je me souviens de matchs de Wimbledon depuis tout petit. Avec le tournoi des 5 nations de rugby et la finale de la Cup (équivalent de la Coupe de France de football en Angleterre, ndlr), c’était un des événements incontournables. Aujourd’hui le sport c’est 24h/24 sur une multitude de chaines, même si elles n’ont pas toutes des choses intéressantes à montrer (rires), mais à l’époque quand j’avais 10-12 ans, le sport et les événements en direct étaient rares à la télévision. Et le plus important c’était Wimbledon parce que c’était du sport en direct pendant 15 jours ! Et nous a l’époque, à la fin de l’année scolaire, on se posait devant la télévision durant des heures et des heures. »

Y a t-il un souvenir marquant de Wimbledon qui vous revient en tête ?

DT : « Je me souviens très bien de l’édition 1977, l’année des 25 ans de règne d’Elisabeth II. La présence de la reine était pressentie dans les tribunes du Centre Court. Et une Britannique a eu la bonne idée de remporter le trophée : Virginia Wade ! (trophée remis par la reine, NDLR) Je me souviens très très bien de tout ça, moi qui était avec la reine hier soir… »

Ah oui, lors de la garden party de l’ambassadeur britannique ! Comment cela s’est-il passé ?

DT : « Formidable ! »

 

« Pourquoi Stéphane Bern et pas moi ?! »

 

Vous l’aviez déjà rencontrée, non ?

DT : « Non non, c’est la première fois qu’elle revient en France depuis 10 ans, et la dernière fois je n’avais pas été convié. Mais là j’ai eu l’honneur d’être parmi ceux qui étaient présents dans le jardin de l’ambassadeur pour la rencontre avec la reine. C’est quand même quelque chose, je crois qu’elle a 88 ans aujourd’hui, et c’est impressionnant de voir sa reine de si près, aussi près que nous le sommes l’un de l’autre. »

Et vous avez été fait chevalier d’honneur de l’Ordre de l’Empire britannique comme Stéphane Bern ?

DT : « Non, mais c’est scandaleux, et vous pouvez lancer la campagne sur twitter si vous le voulez! Il serait temps… Pourquoi Stéphane Bern et pas moi ? C’est une question que beaucoup de gens se posent ce matin. (Rires.) Lancez ma campagne sur votre compte Twitter ! Je suis d’ailleurs invité au dîner d’État ce soir pour représenter mon pays, et c’est une fierté ! »

En tout cas, vous êtes pour nous l’un des plus grands ambassadeurs de la Grande-Bretagne en France !

DT : « C’est sympa de votre part de dire ça parce que je prend un petit peu ce côté là quand même ! J’accepte cette « fonction » là, je me dis que c’est aussi un pari, surtout que je suis depuis un bon moment maintenant dans un pays qui n’est pas le mien et que je parle une langue qui n’est pas la mienne. Pour les gens, je pense que c’est devenu assez banal maintenant parce qu’ils se sont habitués à moi. Mais moi tous les jours je me pince pour savoir si je suis encore là, si c’est encore vrai, si je vis encore ce rêve là. C’est pas banal d’être un étranger à la télé dans un pays, c’est assez difficile et les gens ne se rendent pas compte à tel point ce n’est pas ma langue, j’ai un vocabulaire beaucoup plus riche en anglais, je suis un peu plus limité en français. J’ai toujours joué avec beaucoup de légèreté ce rôle d’ambassadeur. Et quelque part je me dis que, oui je représente quand même mon pays, quand je parle de foot anglais, aujourd’hui de Wimbledon, c’est aussi à travers ces événements sportifs que je parle de mon pays.

Même si je suis un anglais qui est à l’étranger depuis la moitié de sa vie maintenant, évidemment je garde des attaches, et je joue assez souvent avec mon image d’anglais. Je joue parfois le chauvin, évidemment c’est du faux chauvinisme sinon je serai encore en Angleterre. Mais parfois les gens sont marrants, il se disent « ‘il est trop chauvin cet anglais », mais je fais ça avec le sourire et forcément si j’ai vécu la moitié de ma vie en France, c’est que je ne suis pas aussi chauvin que ça. On garde des attaches quand même, quand on est anglais on essaie de comprendre quelle est notre place dans la société aujourd’hui. Evidemment comme la France, on est un grand pays, on a su se résoudre à avoir une place dans la société on reste quand même content d’être anglais donc quand je suis invité par un ambassadeur comme hier soir, je prend ça comme une reconnaissance de ce que j’ai pu faire depuis que je suis en France, et j’en suis bien heureux et flatté. »

 

« Tsonga peut gagner Wimbledon »


Est ce que vous pensez qu’un Français pourra réaliser un résultat cette année à Wimbledon ? 

DT : « Hmm… C’est toujours compliqué parce que les français n’ont pas gagné de tournoi du Grand Chelem depuis longtemps vous le savez, mais c’est vrai que sur l’herbe finalement… ça peut surprendre mais c’est peut être la meilleure opportunité. Déjà parce que les matchs sont plus courts, les matchs en 5 sets à Roland Garros sont hyper hyper difficiles à gagner sur terre battue contre des mecs contre Nadal et Djokovic. Mais sur l’herbe à Wimbledon l’exploit reste beaucoup plus à la portée de par le jeu et je pense forcément à Jo-Wilfried Tsonga qui a le jeu pour ça, qui essaie cette année de jouer un peu plus vers l’avant, et c’est aussi un peu l’effet de Nicolas Escudé qui jouait service volée, et qui s’amusait bien à Wimbledon. Il sera de bons conseils là bas, et Jo il a le physique, la force de frappe et le service pour faire mal. Il a déjà fait une demi-finale alors pourquoi pas rêver de faire un peu petit mieux que ça. »

Vous misez donc sur Tsonga ?

DT : «Je sais pas si je miserai ma chemise sur Tsonga mais s’il a un tirage convenable, il en est capable en tout cas, ça reste un des joueurs capables de gagner Wimbledon. Et quand on regarde ce qui s’est passé l’an dernier, je pense qu’il a une chance oui. »

Et du côté des Françaises ?

DT : (Il fait la moue.)

Vu l’expression de votre visage, on dirait que ça vous paraît impossible !

DT : « Ça va être compliqué… mais bon en même temps, qui pensait que Bartoli gagnerait l’année dernière ? Comme quoi, le talent c’est une chose mais y a aussi la chance qui va avec, tous les grands entraîneurs de foot disent la même chose. Pour gagner la Ligue des Champions (football, NDLR) tu as besoin de chance, d’un petit coup de pouce du destin parfois. Et Marion, elle a eu la chance d’avoir un tirage qui était bien favorable mais il fallait en profiter, elle en a profité pleinement pour l’emporter. Qui sait ? Une Caroline Garcia qui a fait de bons résultats en début d’année, ça aussi c’est la confiance qui joue énormément. Tu gagnes 1 ou 2 matchs à Wimbledon, et peut-être un petit exploit au 3ème, tout d’un coup tu te sens pousser des ailes, et dans le sport de haut niveau tu peux faire la différence quoi, c’est le petit plus de confiance qui fait énormément de différences sur une surface comme l’herbe, où il faut vraiment bien sentir son jeu et être en confiance parce que sinon tu vas jamais progresser. Ce sera compliqué mais on sait jamais. »

 Et un Britannique? A part Murray ? (Rires.)

DT : « Non non, à part Murray, il n’y aura pas d’exploit particulier malheureusement… »

Vous le sentez bien cette année Murray ?

DT : « Disons que les gens ont sous estimé ses difficultés à revenir après son opération au dos. Il a pris du temps pour revenir à son meilleur niveau, et je pense qu’il n’est pas encore à 100% et au mieux de son jeu comme l’an dernier à Wimbledon ou durant les derniers Jeux Olympiques. En 2012-2013 il était au sommet, est-ce qu’il le sera pour le tournoi cette année ? J’espère et je pense que ce qu’il fait en ce moment (interview réalisée quelques heures avant sa demi-finale face à Nadal, ndlr) va l’aider à y parvenir. Parce qu’aller jusqu’en demi-finale de Roland Garros pour un joueur comme Murray, c’est pas rien dans son état de forme actuel, même si je pense qu’il va sortir en 3 sets. Il a deux semaines devant lui pour se préparer pour Wimbledon, c’est son but cette année, on espère en tout cas qu’il sera de nouveau à 100%, au moins pour la deuxième semaine. Il faut juste qu’il y arrive et puis avec le soutien du peuple là-bas, on peut rêver d’une nouvelle finale, pourquoi pas! Il en est capable ! »

 

« La France ira jusqu’en quarts de finale »

 

Pour finir, la Coupe du Monde de foot arrive à grands pas, est-ce que vous avez un pronostic à nous livrer pour les Bleus ? Jusqu’où iront-ils selon vous ?

DT : « Si on regarde bien leur groupe et les possibilités dans la suite du tournoi, c’est un grand « si » mais je pense qu’ils finiront 1er de leur groupe, ce qui donnerait peut-être un 1/8 de finale contre le Nigéria, ce qui n’est pas facile ! Cela serait beaucoup plus difficile que ce les gens peuvent penser. Disons qu’ils passent ce cap là, il y aura sûrement les allemands qui les attendent en quarts de finale. Et en 1/4 de finale de Coupe du Monde, tout peut arriver. Là on peut se dire, l’Allemagne ça va être impossible pour les bleus mais… les français, vous êtes un drôle de peuple ! Vous êtes capable de vous hisser à un niveau inespéré mais aussi d’être les plus nuls du monde, et cela du jour au lendemain. On ne sait jamais à quoi s’attendre avec vous. Mais je pense qu’avec Deschamps on est déjà un petit plus rassurés par son leadership. C’est quelqu’un qui sait ce que c’est de gagner une coupe du monde, mais il sait aussi mener un groupe, et je trouve qu’il a su créer une bonne osmose. On sent que c’est un groupe qui vit bien, même si tout peut changer après un mauvais premier match. Mais je pense que les français sont capables d’aller jusqu’en quarts de finale, et à ce moment-là, la France l’a déjà montré par le passé, elle est capable de se sublimer ! Même si parfois, il faut un grand joueur pour ça, et aujourd’hui il n’y a pas un Platini ou un Zidane… »

 

Un grand merci à Darren Tulett pour sa gentillesse et son franc-parler, ainsi qu’au service communication de beIN SPORTS pour avoir permis cet entretien et notamment à Thibault Le Rol pour son accueil chaleureux lors de ce point-presse.

 

En plus de pouvoir suivre l’intégralité du tournoi de Wimbledon du 23 juin au 6 juillet sur beIN SPORTS, vous retrouverez Darren Tulett tous les jours à 12h30 et également en fin de journée pour « Centre Court » (beIN SPORTS 2) aux côtés de la jolie Tatiana Golovin pour décrypter l’actualité du tournoi !

Coum Than

Coum Than

Co-fondateur & webmaster chez La Petite Balle Jaune
Issu du milieu de l'informatique et surtout du Web. Amateur de tennis et de Rafael Nadal, mais aussi de football, notamment du Paris Saint-Germain, et des nouvelles technologies.
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